Dimanche in Albis dans l’Octave de Pâques

vendredi 27 mars 2026

Ce Dimanche s’appelle Quasimodo ( des premiers mots de l’Introït) ou in Albis, car les néophytes viennent de déposer leurs vêtements blancs, ou Pâques closes, car c’est en ce jour que s’achève l’Octave de Pâques (Or.). — Pour apprendre à ceux qui viennent de naître par le baptême à la vie de Dieu (Intr.) avec quelle générosité ils doivent rendre témoignage à Jésus, l’Église les conduit à la basilique de St-Pancrace martyr, qui à l’âge de 12 ans rendit au Christ le témoignage du sang. Ainsi doivent faire les baptisés en face de la persécution à coups d’épingles dont ils sont continuellement les victimes. Ils doivent résister en s’appuyant sur la foi en Jésus, le Fils de Dieu, ressuscité. C’est cette foi, dit St Jean, qui nous fait vaincre le monde, car elle nous fait rejeter toutes ses tentatives de nous faire tomber (Ep.). Il importe donc que cette foi ait une base solide. Et l’Église nous la donne dans la messe de ce jour. Cette foi, dit S. Jean dans l’Épitre, a pour fondement le témoignage du Père qui, au baptême du Christ (eau), l’a proclamé son Fils, du Fils qui sur la croix (sang) s’est montré le Fils de Dieu, et du St Esprit qui en descendant sur les Apôtres au jour de la Pentecôte, comme l’avait promis Jésus, a confirmé ce que le Sauveur avait dit de sa résurrection et de sa divinité, dogmes que l’Église, guidée par l’Esprit-Saint, ne cesse jamais de proclamer. Cette foi s’appuie aussi sur le témoignage des Anges qui annoncèrent la résurrection de Jésus (Offert.), et elle se base surtout sur les apparitions de Jésus aux Apôtres. Aussi l’Évangile nous montre-t-il comment le Christ, qui apparaît deux fois au Cénacle, fait tomber l’incrédulité de Thomas et loue ceux qui, sans l’avoir vu, croient en lui.— Croyons en Jésus ressuscité et redisons en présence de la divine Eucharistie, où il se trouve, le cri de foi et d’humilité de S. Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Par notre foi inébranlable et notre conduite irréprochable rendons témoignage, devant le monde incrédule et impie, à Notre-Seigneur Jésus-Christ.

 Textes de la Messe

Dominica in Albis In Octava Paschæ
Dimanche in Albis
ante CR 1960 : duplex I Classis
Double de Ière classe
CR 1960 : I classis
1ère classe
Statio ad S. Pancratium
Station à St Pancrace
Ant. ad Introitum. 1. Petri 2, 2.Introït
Quasi modo géniti infántes, allelúia : rationabiles, sine dolo lac concupíscite, allelúia, allelúia allelúia.Comme des enfants nouveau-nés, alléluia ; désirez ardemment le lait spirituel, alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. 80, 2.
Exsultáte Deo, adiutóri nostro : iubiláte Deo Iacob.
Tressaillez d’allégresse en Dieu notre protecteur ; chantez avec transport en l’honneur du Dieu de Jacob.
V/.Glória Patri.
Dicitur Glória in excélsis in hac et sequéntibus Dominicis post Pascha, etiam quando infra hebdomadam adhibetur Missa Dominicæ præcedentis.On dit le Glória in excélsis ce Dimanche et les Diamnches suivants après Pâques, meme quand on reprend en semaine la messe du Dimanche précédent.
Oratio.Collecte
Præsta, quǽsumus, omnípotens Deus : ut, qui paschália festa perégimus, hæc, te largiénte, móribus et vita teneámus. Per Dóminum.Nous vous supplions, ô Dieu tout-puissant, de faire qu’après avoir achevé la célébration des fêtes pascales, nous retenions, au moyen de votre grâce, l’esprit de ces fêtes dans nos habitudes et dans notre vie.
Léctio Epístolæ beáti Ioannis Apóstoli.Lecture de l’Epître du B. Apôtre Jean.
1. Ioann. 5, 4-10.
Caríssimi : Omne, quod natum est ex Deo, vincit mundum : et hæc est victoria, quæ vincit mundum, fides nostra. Quis est, qui vincit mundum, nisi qui credit, quóniam Iesus est Fílius Dei ? Hic est, qui venit per aquam et sánguinem, Iesus Christus : non in aqua solum, sed in aqua et sánguine. Et Spíritus est, qui testificátur, quóniam Christus est véritas. Quóniam tres sunt, qui testimónium dant in cælo : Pater, Verbum, et Spíritus Sanctus : et hi tres unum sunt. Et tres sunt, qui testimónium dant in terra : Spíritus, et aqua, et sanguis : et hi tres unum sunt. Si testimónium hóminum accípimus, testimónium Dei maius est : quóniam hoc est testimónium Dei, quod maius est : quóniam testificátus est de Fílio suo. Qui credit in Fílium Dei, habet testimónium Dei in se.Mes bien-aimés, tout ce qui est né de Dieu est vainqueur du monde ; et ce qui remporte la victoire sur le monde, c’est notre foi. Quel est celui qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus-Christ ; non par l’eau seulement, mais par l’eau et par le sang. Et c’est l’Esprit qui rend témoignage que le Christ est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois sont un. Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l’esprit, l’eau, et le sang ; et ces trois sont un. Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand ; or, ce témoignage de Dieu qui est plus grand, est celui qu’il a rendu au sujet de son Fils. Celui qui croit au Fils de Dieu a le témoignage de Dieu en lui-même.
Allelúia, allelúia. V/. Matth. 28, 7. In die resurrectiónis meæ, dicit Dóminus, præcédam vos in Galilǽam.Allelúia, allelúia. V/. Au jour de ma résurrection, dit le Seigneur, je vous précéderai en Galilée.
Allelúia. V/. Ioann. 20, 26. Post dies octo, iánuis clausis, stetit Iesus in médio discipulórum suórum, et dixit : Pax vobis. Allelúia.Allelúia. V/. Huit jours après, les portes étant fermées, Jésus se tint au milieu de ses disciples et dit : la paix soit avec vous. Alléluia.
+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Ioánnem.Lecture du Saint Évangile selon saint Jean.
Ioann. 20, 19-31.
In illo témpore : Cum sero esset die illo, una sabbatórum, et fores essent clausæ, ubi erant discípuli congregáti propter metum Iudæórum : venit Iesus, et stetit in médio, et dixit eis : Pax vobis. Et cum hoc dixísset, osténdit eis manus et latus. Gavísi sunt ergo discípuli, viso Dómino. Dixit ergo eis íterum : Pax vobis. Sicut misit me Pater, et ego mitto vos. Hæc cum dixísset, insufflávit, et dixit eis : Accípite Spíritum Sanctum : quorum remiseritis peccáta, remittúntur eis ; et quorum retinuéritis, reténta sunt. Thomas autem unus ex duódecim, qui dícitur Dídymus, non erat cum eis, quando venit Iesus. Dixérunt ergo ei alii discípuli : Vídimus Dóminum. Ille autem dixit eis : Nisi vídero in mánibus eius fixúram clavórum, et mittam dígitum meum in locum clavórum, et mittam manum meam in latus eius, non credam. Et post dies octo, íterum erant discípuli eius intus, et Thomas cum eis. Venit Iesus, iánuis clausis, et stetit in médio, et dixit : Pax vobis. Deinde dicit Thomæ : Infer dígitum tuum huc et vide manus meas, et affer manum tuam et mitte in latus meum : et noli esse incrédulus, sed fidélis. Respóndit Thomas et dixit ei : Dóminus meus et Deus meus. Dixit ei Iesus : Quia vidísti me, Thoma, credidísti : beáti, qui non vidérunt, et credidérunt. Multa quidem et alia signa fecit Iesus in conspéctu discipulórum suórum, quæ non sunt scripta in libro hoc. Hæc autem scripta sunt, ut credátis, quia Iesus est Christus, Fílius Dei : et ut credéntes vitam habeátis in nómine eius.En ce temps-là : le soir de ce même jour, qui était le premier de la semaine, comme les portes du lieu où les disciples étaient assemblés étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint, et se tint au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous ! Et après avoir dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent donc, en voyant le Seigneur. Et il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Ayant dit ces mots, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez l’Esprit-Saint. Les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux auxquels vous les retiendrez. Or Thomas, l’un des douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois dans ses mains le trou des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. Huit jours après, les disciples étaient enfermés de nouveau, et Thomas avec eux. Jésus vint, les portes étant fermées ; et il se tint au milieu d’eux, et dit : La paix soit avec vous ! Ensuite il dit à Thomas : Introduis ton doigt ici, et vois mes mains ; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais fidèle. Thomas répondit, et lui dit : Mon Seigneur et mon Dieu ! Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru ; heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! Jésus fit encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles, qui ne sont point écrits dans ce livre. Ceux-ci ont été écrits, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, le croyant, vous ayez la vie en son nom.
Credo
Ant. ad Offertorium. Matth. 28, 2, 5 et 6.Offertoire
Angelus Dómini descéndit de cælo, et dixit muliéribus : Quem quǽritis, surréxit, sicut dixit, allelúia.Un ange du Seigneur descendit du ciel et dit aux femmes : Celui que vous cherchez est ressuscité comme il l’avait dit, alléluia.
Secreta.Secrète
Suscipe múnera, Dómine, quǽsumus, exsultántis Ecclésiæ : et, cui causam tanti gáudii præstitísti, perpétuæ fructum concéde lætítiæ. Per Dóminum.Agréez, nous vous en supplions, Seigneur, les dons de votre Église qui est dans l’exaltation, et, à celle à qui vous avez donné le motif d’une si vive allégresse, accordez le fruit de l’éternelle félicité.
Præfatio paschalis, in qua dicitur : in hoc potíssimum. [*]
Ant. ad Communionem. Ioann. 20, 27.Communion
Mitte manum tuam, et cognósce loca clavórum, allelúia : et noli esse incrédulus, sed fidélis, allelúia, allelúia.Mets ici ta main, et touche la place des clous, alléluia ; et ne sois pas incrédule, mais croyant, alléluia, alléluia.
Postcommunio.Postcommunion
Quǽsumus, Dómine, Deus noster : ut sacrosáncta mystéria, quæ pro reparatiónis nostræ munímine contulísti ; et præsens nobis remédium esse fácias et futúrum. Per Dóminum.Faites, nous vous en prions, ô Seigneur notre Dieu, que ces mystères sacro-saints que vous avez donnés pour nous fortifier dans la grâce de notre régénération, nous soient un remède dans le présent et l’avenir.

 Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Nous avons vu nos néophytes clore hier leur Octave de la Résurrection. Ils avaient été mis avant nous en participation de l’admirable mystère du Dieu ressuscité ; avant nous ils devaient achever leur solennité. Ce jour est donc le huitième pour nous qui avons fait la Pâque au Dimanche, et qui ne l’avons pas anticipée au soir du Samedi. Il nous retrace toutes les joies et toutes les grandeurs de cet unique et solennel Dimanche qui a associé toute la chrétienté dans un même sentiment de triomphe. C’est le jour de la Lumière, qui efface pour jamais l’antique Sabbat ; désormais le premier jour de la semaine est le jour sacré ; c’est assez que deux fois le Fils de Dieu l’ait marqué du sceau de sa puissance. La Pâque est donc pour jamais fixée au Dimanche ; et ainsi qu’il a été expliqué ci-dessus, dans la Mystique du Temps pascal, tout Dimanche est désormais une Pâque.

Notre divin ressuscité a voulu que son Église comprît ainsi le mystère ; car ayant l’intention de se montrer une seconde fois à ses disciples rassemblés, il a attendu, pour le faire, le retour du Dimanche. Durant tous les jours précédents, il a laissé Thomas en proie à ses doutes ; ce n’est qu’aujourd’hui qu’il a voulu venir à son secours, se manifestant à cet Apôtre, en présence des autres, et l’obligeant à déposer son incrédulité devant la plus palpable évidence. Aujourd’hui donc le Dimanche reçoit de la part du Christ son dernier titre de gloire, en attendant que l’Esprit-Saint descende du ciel pour venir l’illuminer de ses feux, et faire de ce jour, déjà si favorisé, l’ère de la fondation de l’Église chrétienne.

L’apparition du Sauveur à la petite troupe des onze, et la victoire qu’il y remporta sur l’infidélité d’un disciple, est aujourd’hui l’objet spécial du culte de la sainte Église. Cette apparition, qui se lie à la précédente, est la septième ; par elle, Jésus entre en possession complète de la foi de ses disciples. Sa dignité, sa patience, sa charité, dans cette scène, sont véritablement d’un Dieu. Là encore, nos pensées humaines sont renversées, à la vue de ce délai que Jésus accorde à l’incrédule, dont il semblerait devoir éclairer sans retard l’aveuglement malheureux, ou châtier l’insolence téméraire. Mais Jésus est la souveraine sagesse et la souveraine bonté ; dans sa sagesse, il ménage, par cette lente confrontation du fait de sa Résurrection, un nouvel argument en faveur de la réalité de ce fait ; dans sa bonté, il amène le cœur du disciple incrédule à rétracter de lui-même son doute par une protestation sublime de regret, d’humilité et d’amour. Nous ne décrirons point ici cette scène si admirablement retracée dans le récit de l’Évangile que la sainte Église va tout à l’heure mettre sous nos yeux. Nous nous attacherons, pour la doctrine de ce jour, à faire comprendre au lecteur la leçon pieuse que Jésus donne aujourd’hui à tous, en la personne de saint Thomas. C’est le grand enseignement du Dimanche de l’Octave de Pâques ; il importe de ne le pas négliger ; car il nous révèle, plus que tout autre, le véritable sens du christianisme ; il nous éclaire sur la cause de nos impuissances, sur le remède de nos langueurs.

Jésus dit à Thomas : « Tu as cru, parce que tu as vu ; heureux ceux qui n’ont pas vu et qui néanmoins ont cru ! » Paroles remplies d’une divine autorité, conseil salutaire donné non seulement à Thomas, mais à tous les hommes qui veulent entrer en rapport avec Dieu et sauver leurs âmes ! Que voulait donc Jésus de son disciple ? Ne venait-il pas de l’entendre confesser la foi dont il était désormais pénétré ? Thomas, d’ailleurs, était-il si coupable d’avoir désiré l’expérience personnelle, avant de donner son adhésion au plus étonnant des prodiges ? Était-il tenu de s’en rapportera Pierre et aux autres, au point d’avoir à craindre de manquer à son Maître, en ne déférant pas à leur témoignage ? Ne faisait-il pas preuve de prudence en suspendant sa conviction, jusqu’à ce que d’autres arguments lui eussent révélé à lui-même que le fait était tel que ses frères le lui racontaient ? Oui, Thomas était un homme sage, un homme prudent, qui ne se confiait pas outre mesure ; il était digne de servir de modèle à beaucoup de chrétiens qui jugent et raisonnent comme lui dans les choses de la foi. Cependant, combien est accablant, dans sa douceur si pénétrante, le reproche de Jésus ! Il a daigné se prêter, avec une condescendance inexplicable, à l’insolente vérification que Thomas avait osé demander ; maintenant que le disciple tremble devant le divin ressuscite, et qu’il s’écrie dans l’émotion la plus sincère : « Oh ! vous êtes bien mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus ne lui fait pas grâce de la leçon qu’il avait méritée. Il faut un châtiment à cette hardiesse, à cette incrédulité ; et ce châtiment consisterai s’entendre dire : « Tu as cru, Thomas, parce que tu as vu. »

Mais Thomas était-il donc obligé de croire avant d’avoir vu ?— Et qui peut en douter ? Non seulement Thomas, mais tous les Apôtres étaient tenus de croire à la résurrection de leur maître, avant même qu’il se fût montré à eux. N’avaient-ils pas vécu trois années dans sa compagnie ? Ne l’avaient-ils pas vu confirmer par les plus divins prodiges sa qualité de Messie et de Fils de Dieu ? Ne leur avait-il pas annoncé sa résurrection pour le troisième jour après sa mort ? Et quant aux humiliations et aux douleurs de sa Passion, ne leur avait-il pas dit, peu de temps auparavant, sur la route de Jérusalem, qu’il allait être saisi par les Juifs qui le livreraient aux gentils ; qu’il serait flagellé, couvert de crachats et mis à mort [1] ?
Des cœurs droits et disposés à la foi n’auraient eu aucune peine à se rendre, dès le premier bruit de la disparition du corps. Jean ne fit qu’entrer dans le sépulcre, que voir les linceuls, et aussitôt il comprit tout et commença à croire. Mais l’homme est rarement aussi sincère ; il s’arrête sur le chemin, comme s’il voulait obliger Dieu à faire de nouvelles avances. Ces avances, Jésus daigna les faire. Il se montra à Madeleine et à ses compagnes qui n’étaient pas incrédules, mais seulement distraites par l’exaltation d’un amour trop naturel. Au jugement des Apôtres, leur témoignage n’était que le langage de quelques femmes que l’imagination avait égarées. Il fallut que Jésus vînt en personne se montrer à ces hommes rebelles, à qui leur orgueil faisait perdre la mémoire de tout un passé qui eût suffi à lui seul pour les éclairer sur le présent. Nous disons leur orgueil ; car la foi n’a pas d’autre obstacle que ce vice. Si l’homme était humble, il s’élèverait jusqu’à la foi qui transporte les montagnes.

Or Thomas a entendu Madeleine, et il a dédaigné son témoignage ; il a entendu Pierre, et il a décliné son autorité ; il a entendu ses autres frères et les disciples d’Emmaüs, et rien de tout cela ne l’a dépris de sa raison personnelle. La parole d’autrui qui, lorsqu’elle est grave et désintéressée, produit la certitude dans un esprit sensé, n’a plus cette efficacité chez beaucoup de gens, dès qu’elle a pour objet d’attester le surnaturel. C’est là une profonde plaie de notre nature lésée par le péché. Trop souvent nous voudrions, comme Thomas, avoir expérimenté nous-mêmes ; et il n’en faut pas davantage pour nous priver de la plénitude de la lumière. Nous nous consolons comme Thomas parce que nous sommes toujours du nombre des disciples ; car cet Apôtre n’avait pas rompu avec ses frères ; seulement il n’entrait pas en part de leur bonheur. Ce bonheur, dont il était témoin, ne réveillait en lui que l’idée de faiblesse ; et il se savait un certain gré de ne le pas partager.

Tel est de nos jours encore le chrétien entaché de rationalisme. Il croit, mais c’est parce que sa raison lui fait comme une nécessité de croire ; c’est de l’esprit et non du cœur qu’il croit. Sa loi est une conclusion scientifique, et non une aspiration vers Dieu et la vérité surnaturelle. Aussi cette foi, comme elle est froide et impuissante ! Comme elle est restreinte et embarrassée ! Comme elle craint de s’avancer, en croyant trop ! A la voir se contenter si aisément de vérités diminuées [2], pesées dans la balance de la raison, au lieu de voler à pleines ailes comme la foi des saints, on dirait qu’elle est honteuse d’elle-même. Elle parle bas, elle craint de se compromettre ; quand elle se montre, c’est sous le couvert d’idées humaines qui lui servent de passeport. Ce n’est pas elle qui s’exposera à un affront pour des miracles qu’elle juge inutiles, et qu’elle n’eût jamais conseillé à Dieu d’opérer. Dans le passé comme dans le présent, le merveilleux l’effraie ; n’a-t-elle pas eu déjà assez d’effort à faire pour admettre celui dont l’acceptation lui est strictement nécessaire ? La vie des saints, leurs vertus héroïques, leurs sacrifices sublimes, tout cela l’inquiète. L’action du christianisme dans la société, dans la législation, lui semble léser les droits de ceux qui ne croient pas ; elle entend réserver la liberté de l’erreur et la liberté du mal ; et elle ne s’aperçoit même pas que la marche du monde est entravée depuis que Jésus-Christ n’est plus Roi sur la terre.

Or c’est pour ceux dont la foi est si faible et si près du rationalisme, que Jésus ajoute aux paroles de reproche qu’il adressa à Thomas, cette sentence qui ne le regardait pas seul, mais qui avait en vue tous les hommes et tous les siècles : « Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » Thomas pécha, pour n’avoir pas eu la disposition à croire. Nous nous exposons à pécher comme lui, si nous n’entretenons pas dans notre foi cette expansion qui la mêlerait à tout, et lui ferait faire ce progrès que Dieu récompense par des flots de lumière et de joie au cœur. Une fois entrés dans l’Église, le devoir pour nous est de considérer désormais toute chose au point de vue surnaturel ; et ne craignons pas que ce point de vue, réglé par les enseignements de l’autorité sacrée, nous entraîne trop loin. « Le juste vit de la foi » [3] ; c’est sa nourriture continuelle. La vie naturelle est transformée en lui pour jamais, s’il demeure fidèle à son baptême.

Croyons-nous donc que l’Église avait pris tant de soins dans l’instruction de ses néophytes, qu’elle les avait initiés partant de rites qui ne respirent que les idées et les sentiments de la vie surnaturelle, pour les abandonner sans remords dès le lendemain à l’action de ce dangereux système qui place la foi dans un recoin de l’intelligence, du cœur et de la conduite, afin de laisser plus librement agir l’homme naturel ? Non, il n’en est pas ainsi. Reconnaissons donc notre erreur avec Thomas ; confessons avec lui que jusqu’ici nous n’avons pas cru encore d’une foi assez parfaite. Comme lui, disons à Jésus : « Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu ; et j’ai souvent pensé et agi comme si vous n’étiez pas en tout mon Seigneur et mon Dieu. Désormais je croirai sans avoir vu ; car je veux être du nombre de ceux que vous avez appelés heureux. »

Ce Dimanche, appelé vulgairement le Dimanche de Quasimodo, porte dans la Liturgie le nom de Dimanche in albis, et plus explicitement in albis depositis, parce que c’était en ce jour que les néophytes paraissaient à l’Église sous les habits ordinaires. Au moyen âge, on l’appelait Pâque close : sans doute pour exprimer qu’en ce jour l’Octave de Pâques se terminait. La solennité de ce Dimanche est si grande dans l’Église, que non seulement il est du rite Double, mais qu’il ne cède jamais la place à aucune fête, de quelque degré supérieur qu’elle soit.

A Rome, la Station est dans la Basilique de Saint-Pancrace, sur la Voie Aurélia. Les anciens ne nous ont rien appris sur les motifs qui ont fait désigner cette Église pour la réunion des fidèles en ce jour. Peut-être l’âge du jeune martyr de quatorze ans auquel elle est dédiée l’a-t-il fait choisir de préférence, par une sorte de rapport avec la jeunesse des néophytes qui sont encore aujourd’hui l’objet de la préoccupation maternelle de l’Église.

A LA MESSE.

L’Introït rappelle les gracieuses paroles que saint Pierre adressait, dans l’Épître d’hier, aux nouveaux baptisés. Ce sont de tendres enfants remplis de simplesse, et aspirant aux mamelles de la sainte Église le lait spirituel de la foi, qui les rendra forts et sincères.

En ce dernier jour d’une si grande Octave, l’Église fait, dans la Collecte, ses adieux aux pompes solennelles qui viennent de s’écouler, et demande à Dieu que leur divin objet demeure empreint dans la vie et la conduite de ses enfants.

ÉPÎTRE.

L’Apôtre saint Jean célèbre en ce passage le mérite et les avantages de la foi ; il nous la présente comme une victoire qui met le monde sous nos pieds, le monde qui nous entoure, et le monde qui est au dedans de nous. La raison qui a porte l’Église à faire choix pour aujourd’hui de ce texte de saint Jean se devine aisément, quand on voit le Christ lui-même recommander la foi dans l’Évangile de ce Dimanche. « Croire en Jésus-Christ, nous dit l’Apôtre, c’est vaincre le monde » ; celui-là n’a donc pas la foi véritable qui soumet sa foi au joug du monde. Croyons d’un cœur sincère, heureux de nous sentir enfants en présence de la vérité divine, toujours disposés à accueillir avec empressement le témoignage de Dieu. Ce divin témoignage retentira en nous, selon qu’il nous trouvera désireux de l’entendre toujours davantage. Jean, à la vue des linceuls qui avaient enveloppé le corps de son maître, se recueillit et il crut ; Thomas avait de plus que Jean l’attestation des Apôtres qui avaient vu Jésus ressuscité, et il ne croyait pas. Il n’avait pas soumis le monde à sa raison, parce que la foi n’était pas en lui.

Les deux Versets Alléluiatiques sont formés de passages du saint Évangile qui ont rapport à la Résurrection. Le second retrace la grande scène qui eut lieu aujourd’hui même dans le Cénacle.

ÉVANGILE.

Nous avons insisté suffisamment sur l’incrédulité de saint Thomas ; il est temps maintenant de glorifier la foi de cet Apôtre. Son infidélité nous a aidés à sonder notre peu de foi ; que son retour nous éclaire sur ce que nous avons à faire pour devenir de vrais croyants. Thomas a contraint le Sauveur, qui compte sur lui pour en faire une des colonnes de son Église, à descendre avec lui jusqu’à la familiarité ; mais à peine a-t-il introduit son doigt téméraire dans les plaies de son maître que, tout aussitôt, il se sent subjugué. Le besoin de réparer, par un acte solennel de foi, l’imprudence qu’il a commise en se croyant sage et prudent, se fait sentir à lui : il jette un cri, et ce cri est la protestation de foi la plus ardente qu’un homme puisse faire entendre : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Remarquez qu’il ne dit pas seulement ici que Jésus est son Seigneur, son Maître ; qu’il est bien le même Jésus dont il a été le disciple ; ce ne serait pas encore la foi. Il n’y a plus foi, quand on palpe l’objet. Thomas aurait eu la foi de la Résurrection, s’il avait cru sur le témoignage de ses frères ; maintenant, il ne croit plus simplement, il voit, il a l’expérience. Quel est donc le témoignage de sa foi ? C’est qu’il atteste en ce moment que son Maître est Dieu. Il ne voit que l’humanité de Jésus, et il proclame tout d’un coup la divinité de ce Maître. D’un seul bond, son âme loyale et repentante s’est élancée jusqu’à l’intelligence des grandeurs de Jésus : « Vous êtes mon Dieu ! » lui dit-il. O Thomas, d’abord incrédule, la sainte Église révère votre foi, et elle la propose pour modèle à ses enfants au jour de votre fête. La confession que vous avez faite aujourd’hui vient se placer d’elle-même à côté de celle que fit Pierre, lorsqu’il dit à Jésus : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant ! » Par cette profession que ni la chair, ni le sang n’avaient inspirée, Pierre mérita d’être choisi pour être le fondement de l’Église ; la vôtre a fait plus que réparer votre faute ; elle vous rendit pour un moment supérieur à vos frères, que la joie de revoir leur Maître transportait, mais sur lesquels la gloire visible de son humanité avait fait jusqu’alors plus d’impression que le caractère invisible de sa divinité.

L’Offertoire est formé d’un passage historique de l’Évangile sur la résurrection du Sauveur.

Dans la Secrète, la sainte Église exprime l’enthousiasme dont le mystère de la Pâque est en elle la source ; et elle demande que cette joie se transforme en celle que doit nous apporter la Pâque de l’éternité.

En distribuant aux néophytes et au reste du peuple fidèle l’aliment divin, l’Église rappelle, dans l’Antienne de la Communion, les paroles de Jésus à Thomas. Cet Apôtre pénétra de son doigt les membres sacrés du Sauveur : Jésus, dans la divine Eucharistie, se révèle à nous d’une manière plus intime encore ; mais pour profiter de la condescendance d’un maître si rempli de bonté, il nous faut avoir cette foi vive et courageuse qu’il recommanda à son Apôtre.

L’Église conclut les prières du Sacrifice en demandant que le divin mystère institué pour soutenir notre faiblesse soit, dans le présent et dans l’avenir, le moyen efficace de notre persévérance.

Nous terminons la journée par cette belle prière dans laquelle l’Église gothique d’Espagne célèbre le mystère du huitième jour, octave de Pâques.

ORATIO.
Ingeniti Genitoris genite Fili, qui in eo nobis diei hujus octavi renovas cultum, in quo te discipulorum aspectibus hodie præbuisti palpandum. Nam licet hic dies sit prior pras cæteris conditus, octavus post septem efficitur revolutus. Quo ipse sicut admirabiliter e sepulcro surrexisti a mortuis, ita ad discipulos inæstimabiliter intrasti januis obseratis. Initium videlicet Paschæ ac finem exornans congruis sacramentis, cum et resurrectio tua custodibus terrorem incuteret, et manifestatio discipulorum corda dubia confortaret. Quæsumus ergo, ut nos his sacramentis imbutos fides qua te credimus post istud sæculum tibi repræsentet illæsos. Nullum nobis de te scrupulum dubitationis errorisque, aut otium pariat, aut quæsitio incauta enutriat. Serva in nomine tuo quos redemisti sanguine pretioso. Contemplandum te nostris sensibus præbe nostrumque cor dignatus ingredere. Esto semper in medio nostri, qui hodie pacem nuntians discipulorum in medio astitisti. Quique in eis insufflasti Spiritum vitæ, nobis largire ejusdem Spiritus consolationem.Fils engendré du Père qui n’est engendré de personne, vous renouvelez aujourd’hui le culte de ce huitième jour, dans lequel vous vous offrîtes aux regards et à l’attouchement de vos disciples. Ce jour du Dimanche, bien qu’il ait précède les autres, devient le huitième après que les sept premiers sont écoulés. En ce jour vous vous levâtes du sépulcre, vous vous séparâtes des morts ; en ce jour aussi vous entrez, les portes fermées, et vous accordez aux disciples votre chère visite. C’est ainsi que vous marquez, chacun par son mystère, le commencement et la fin de la Pâque ; votre résurrection épouvante les gardiens de votre tombeau, et votre apparition vient confirmer les cœurs chancelants des disciples. Quant à nous qui possédons la science de tous ces mystères, daignez faire que la foi par laquelle nous croyons, nous préserve du mal pour le jour où, après cette vie, nous paraîtrons devant vous. Que cette foi ne connaisse ni le doute qu’engendre la paresse de l’esprit, ni l’erreur que mène à sa suite une téméraire curiosité. Gardez en votre nom ceux que vous avez rachetés de votre précieux sang. Laissez-vous contempler à notre âme ; daignez pénétrer aussi dans notre cœur. Soyez toujours au milieu de nous, vous qui, étant au milieu de vos disciples, leur avez aujourd’hui annoncé la paix. Vous avez soufflé sur eux l’Esprit de vie, répandez aussi sur nous la consolation du même Esprit.

Enfin nous inviterons encore le pieux et mélodieux Adam de Saint-Victor à nous prêter une de ses belles Séquences que nos Églises du moyen-âge aimaient tant, et dans lesquelles ce prince des poètes de la Liturgie a chanté avec tant d’abondance, et souvent avec tant de bonheur, le triomphe du Rédempteur sur la mort.

SÉQUENCE.
Mundi renovatio
Nova parit gaudia :
Resurgenti Domino
Conresurgunt omnia.
Elementa serviunt,
Et auctoris sentiunt
Quanta sit potentia.
Le renouvellement du monde
a amené des joies nouvelles ;
le Seigneur ressuscite,
et tout ressuscite avec lui ;
dociles à la voix de leur auteur,
les éléments montrent par leur obéissance
l’étendue de son pouvoir.
Ignis volat mobilis,
Et ær volubilis :
Fluit aqua labilis,
Terra manet stabilis :
Alta petunt levia,
Centrum tenent gravia,
Renovantur omnia.
Le feu est devenu plus volatil,
l’air a augmente de transparence ;
l’eau coule plus limpide,
et la terre se tient plus ferme sur ses bases.
La loi selon laquelle les corps légers s’élèvent,
et les corps pesants tendent vers leur centre,
est de nouveau déclarée : tout participe à la rénovation.
Cœlum fit serenius,
Et mare tranquillius ;
Spirat aura levius,
Vallis nostra floruit.
Revirescunt arida,
Recalescunt frigida,
Postquam ver intepuit.
Le ciel est plus serein,
la mer est plus tranquille,
l’haleine du zéphyr plus douce.
Notre vallée s’est couverte de fleurs ;
la terre aride a retrouvé sa verdure ;
le souffle du printemps a réchauffé
sa surface engourdie.
Gelu mortis solvitur,
Princeps mundi tollitur,
Et ejus destruitur
In nobis imperium ;
Dum tenere voluit
In quo nihil habuit,
Jus amisit proprium.
Les glaces de la mort se sont fondues ;
le prince du monde est renversé ;
son empire sur nous est anéanti.
En voulant retenir dans ses liens
celui sur lequel ses droits étaient nuls,
il a vu s’évanouir son pouvoir.
Vita mortem superat ;
Homo jam recuperat
Quod prius amiserat,
Paradisi gaudium :
Viam præbet facilem,
Cherubim versatilem
Amovendo gladium.
La vie a vaincu la mort ;
l’homme recouvre les joies
du Paradis qu’il avait perdues ;
le Chérubin abaisse
le glaive qu’il brandissait,
et livre un passage facile.
Christus cœlos reserat,
Et captivos liberat,
Quos culpa ligaverat
Sub mortis interitu.
Pro tanta victoria
Patri, Proli gloria
Sit cum Sancto Spiritu. Amen.
Le Christ ouvre les cieux ;
il délivre les captifs
que le péché avait enchaînés
sous les lois de la mort.
Pour une si belle victoire,
honneur au Père, honneur au Fils,
honneur à l’Esprit-Saint ! Amen.

 Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Le matin : Station à Saint-Pancrace.
Le soir : Station aux Saints-Côme-et-Damien.

Conformément à un ancien usage romain, qui remonte au moins à saint Grégoire le Grand, les basiliques cimitériales des Martyrs, en raison de leur éloignement de la cité, ne sont jamais choisies comme but des processions stationnales. Toutefois en un jour solennel comme l’est celui de l’octave de Pâques, où tout parle encore d’enfance spirituelle, on fait exception pour la tombe du jeune martyr Pancrace, mort à quatorze ans. Sa basilique sépulcrale sur la voie Aurélienne fut érigée par le pape Symmaque, puis restaurée par Honorius Ier et par Hadrien Ier. Comme à Ravenne, sur le tombeau de saint Apollinaire, de même à Rome les serments solennels étaient habituellement prononcés sur celui de saint Pancrace ; cet usage, qui nous est déjà attesté par Grégoire de Tours, se conserva au moins jusqu’au XIIIe siècle. Près de la basilique, saint Grégoire le Grand institua une abbaye qui, pour se distinguer de celle dédiée à saint Pancrace près du Latran, reçut le nom du martyr Victor. La dévotion romaine à saint Pancrace, à cette époque, franchit les mers et pénétra jusqu’en Angleterre. On sait que les moines du Latran, envoyés par saint Grégoire pour convertir cette île, dédièrent à saint Pancrace, l’antique titulaire de leur monastère romain, une des premières basiliques qu’ils érigèrent sur cette plage lointaine.

Selon l’ancien concept romain, avec les vêpres du samedi se terminait la semaine de Pâques ; aussi la collecte de la messe d’hier rappelait-elle la conclusion de la solennité pascale. Par suite, pour marquer que la fête est terminée, les néophytes déposent-ils aujourd’hui leurs blanches tuniques, pour reprendre leurs vêtements ordinaires, et l’Église, dans la collecte de la messe, considère la solennité pascale comme une fête désormais célébrée. C’est la raison pour laquelle l’office divin de ce dimanche n’est pas celui du jour de Pâques, mais l’office ordinaire des dimanches, eu égard toutefois au cycle liturgique pascal, qui se poursuit jusqu’au samedi après la Pentecôte,

L’antienne d’introït qui précède le psaume 80, est tirée de la Ire Épître de saint Pierre (II, 2) où il invite les néophytes à goûter les douceurs que le Seigneur leur prodigue en ces débuts de la vie chrétienne : « Comme de tendres enfants, nés récemment à la vie spirituelle, venez goûter du lait spirituel et pur. Alléluia. »

Quand le Seigneur nous réconforte par ses consolations, prenons-les, comme le faisait Job, de manu Domini. Si le Seigneur nous nourrit de lait et de douceurs, comme les petits enfants, ne faisons pas les dédaigneux, comme si la nourriture plus solide des adultes nous convenait. Le Seigneur sait ce qui nous convient le mieux, et c’est un grand secret de la vie spirituelle que celui de nous maintenir toujours devant Dieu dans les dispositions de sincérité, d’humilité, d’abandon, qui caractérisent notre enfance spirituelle.

Dans la collecte on prie ainsi : « Faites, Seigneur tout-puissant, qu’ayant déjà terminé les fêtes pascales, nous puissions, par votre grâce, les continuer dans notre vie et dans nos œuvres. Par notre Seigneur, etc. » Mœurs pascales dans les œuvres, cela signifie une vie de résurrection et de pureté.

L’épître de saint Jean (I, V, 4-10) vise spécialement la « gnose » qui niait la divinité de Jésus-Christ, en prétendant que la nature divine lui avait été unie au moment de son baptême dans le Jourdain, et l’avait abandonné sur le Calvaire. L’Apôtre insiste et enseigne que le Verbe s’est uni hypostatiquement à la nature humaine, et non pas seulement dans le Jourdain : Non in aqua solum, sed in aqua et sanguine, c’est-à-dire dès l’instant de sa virginale conception dans le sein très chaste de Marie. Celui qui conserve cette foi catholique nourrit en lui-même le témoignage de Dieu, puisque Dieu seul répand dans le cœur humain ce rayon de son inaccessible lumière.

Le verset-graduel est tiré de l’Évangile de saint Matthieu (XXVIII, 7) : « Alléluia ! Quand le temps de ma résurrection sera venu, je vous précéderai dans la Galilée. »

Le Seigneur promit cette apparition solennelle et générale non tant pour les onze Apôtres, auxquels d’ailleurs il apparut plusieurs fois à Jérusalem, que pour toute la foule des disciples et des fidèles auxquels il se montra effectivement, comme saint Paul nous l’atteste, tandis qu’ils étaient rassemblés au nombre de plus de cinq cents.
Le verset alléluiatique est comme un prélude de l’Évangile qu’on va lire : « Alléluia. Huit jours plus tard, à portes closes, Jésus apparut au milieu de ses disciples et leur dit : Paix à vous. » (Ioan. XX, 26.)

La lecture évangélique (Ioan. XX, 19-31) traite de deux apparitions distinctes de Jésus aux Apôtres : la première, le soir même de Pâques, quand il institua le Sacrement de Pénitence ; l’autre, huit jours après, quand il voulut faire toucher ses plaies par Thomas. Il est significatif que le pouvoir de remettre les péchés ait été accordé aux Apôtres le jour même de la résurrection du Christ. C’était un jour de joie et de triomphe, et c’est pourquoi il convenait que la divine miséricorde y instituât le Sacrement qui écarte de cette terre le deuil et les pleurs, et appelle les pécheurs à une vie nouvelle. En mémoire de ce fait, à présent encore, le sens chrétien veut que les fidèles, avant de participer au Sacrement Pascal, implorent du prêtre l’absolution sacramentelle de leurs fautes. Le langage populaire, si expressif et qui reflète une profonde éducation catholique, appelle : faire ses Pâques, la réception de ces deux sacrements à l’occasion de la fête pascale, tellement intime est le lien entre la résurrection du Seigneur et la réconciliation sacramentelle des pénitents. Dans l’antiquité, la réconciliation des pénitents publics se faisait précisément le jeudi et le vendredi saints.

La seconde apparition de Jésus dans le cénacle eut lieu pour confondre le scepticisme de Thomas. Pour croire, il voulait toucher matériellement, et Dieu permit cette faiblesse afin que le remède qui l’en délivra servît à guérir aussi l’incrédulité de toutes les générations futures. La résurrection du Seigneur ne laisse aucun doute : avant d’être crue, elle fut vue, et même touchée, par des personnes qui n’étaient point disposées à l’admettre.

Le verset de l’offertoire est identique à celui du lundi précédent. L’Église grecque, le second dimanche après Pâques, célèbre une fête spéciale en l’honneur des saintes Femmes Myrrhophores, c’est-à-dire porteuses des aromates au Sépulcre. La liturgie latine a uni leurs louanges à tout l’office de la semaine pascale.

Dans la collecte sur les oblations, nous prions le Seigneur d’agréer le sacrifice que l’Église offre dans son exultation, le suppliant de faire que la joie pascale devienne le gage de ce bonheur impérissable que nous attendons dans le ciel.

La sainte joie chrétienne, voilà la caractéristique du christianisme. La joie qui provient des ineffables richesses du contenu dogmatique et moral de l’Évangile, des Sacrements, de la grâce sanctifiante, de l’éducation de la sainte Mère l’Église. Ceux qui sont en dehors de la communion catholique ne peuvent expérimenter cette source d’intime joie spirituelle qui inonde les âmes à mesure qu’elles participent davantage à l’esprit de l’Église catholique. Plus de joie, plus de joie ! Tel devrait être notre mot d’ordre pour instituer une sainte croisade contre ce sentimentalisme mélancolique qui tente de pénétrer dans la piété des fidèles. Plus de joie, et pour la goûter, il faut ramener les chrétiens à ses vraies sources, c’est-à-dire à la piété catholique.

Dans l’antienne pour la Communion on répète les paroles de Jésus à Thomas. Participant au sacrement, nous aussi nous touchons par la foi les plaies des mains et du côté de Jésus et nous confessons sa résurrection en tant que nous croyons que cette chair dont nous nous nourrissons spirituellement n’est plus la chair morte d’un crucifié, mais le corps glorieux d’un Dieu immolé pour nous, ressuscité et vivant.

La collecte après la Communion a un caractère général : « Que le Sacrement de notre réparation devienne aussi un remède contre les maladies de la vie présente et le gage de l’immortalité future. » Ce sont justement les pensées exprimées par saint Thomas d’Aquin dans son antienne : O Sacrum Convivium.

Quand, par l’entremise des Byzantins, le culte des martyrs Corne et Damien devint très populaire à Rome, les stations pascales étaient, depuis de longues années déjà, distribuées entre les plus insignes basiliques de la cité, sans qu’il restât aucune place pour celle que Félix IV avait dédiée à ces Martyrs sur la Via Sacra. C’est pourquoi la station à cette dernière basilique fut fixée au second dimanche après Pâques. Cet arrangement ne dura toutefois pas longtemps ; le deuxième dimanche pascal, avec l’Évangile du Bon Pasteur, portait naturellement les pensées vers saint Pierre ; aussi, par égard pour les martyrs Côme et Damien, on finit par établir une sorte de compromis. La station du deuxième dimanche après Pâques fut fixée à la basilique Vaticane, mais en même temps on détermina que ce même jour, dans l’après-midi, le Pape se rendrait aux Saints-Côme-et-Damien pour y célébrer la station vespérale. Selon les Ordines Romani, le clergé titulaire avait coutume d’y servir à cette occasion au Pontife et à sa suite un souper frugal, consistant en pain, vin, laitages et salade.

Grâce à la sainte Eucharistie, Jésus nous donne part au mysterium fidei tout entier, tant de sa passion que de sa résurrection. A l’autel, nous participons à la chair de la victime immolée, et, par suite, celle-ci inocule en nous des germes de mort, nous voulons dire de la mort mystique à notre nature corrompue, au péché et à l’esprit du monde. En même temps, ce Jésus qui se trouve sous les voiles eucharistiques, est Jésus vraiment ressuscité, glorieux et triomphant, qui nous incorpore à lui pour nous donner part à ses joies, à ses victoires, à sa vie de résurrection. La divine Eucharistie produit en nous ce double effet, réalisant ce que disait Paul à ses premiers fidèles : Vous êtes morts, et votre vie, unie à celle du Christ, est cachée en Dieu. (Coloss., III, 3.)

 Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

La première semaine après l’Octave de Pâques.

La semaine de Pâques, dans la célébration de la messe et dans la prière des Heures, est soumise à des règles toutes particulières (la messe a encore un graduel ; aux matines, il n’y a qu’un nocturne ; les hymnes et les autres pièces ornementales disparaissent du bréviaire). Avec le dimanche blanc, commencent les usages propres au temps pascal. Sous le nom de temps pascal, on entend, au sens liturgique, l’époque qui va de Pâques au samedi après la Pentecôte.
Il s’agit de nous pénétrer, d’abord, du symbolisme du temps pascal.

C’est, à proprement parler, une seule grande fête. Les grandes fêtes sont célébrées par l’Église durant toute une octave. Mais Pâques est la plus grande fête chrétienne, la fête des fêtes ; nous ne la célébrons pas seulement pendant une semaine, pendant sept jours consécutifs, mais pendant sept fois sept jours plus un ; c’est une octave jubilaire. Nous avons vu que le temps qui précède Pâques a été comparé aux 70 ans de la captivité de Babylone d’où le nom : Septuagésime. Le temps pascal dure 50 jours. Or, le nombre 50 est le symbole de la plus grande joie, voire même de la joie céleste. Pendant le Carême, nous avions l’impression d’être exilés ; c’est pourquoi nous n’avions pas le droit de chanter l’Alléluia ; maintenant, pendant le temps pascal, nous avons l’impression d’être au ciel ; c’est pourquoi nous ne cessons de chanter le cantique du ciel, l’Alléluia. L’Église compare aussi, volontiers, le temps pascal à l’entrée des Juifs dans la « terre promise » où coulaient le lait et le miel. Nous devons oublier, pour ainsi dire, pendant ce temps, que nous sommes sur la terre et éprouver comme un avant-goût du ciel. Restons conscients de notre grandeur véritable. Nous sommes les nobles enfants du Père céleste et nous portons le ciel dans notre cœur.

Pendant ce temps, il y a dans les offices de l’Église certaines particularités. Seuls les chrétiens qui vivent avec l’Église les remarquent. Signalons-en surtout trois.
 1. Pendant le temps pascal, selon une coutume antique, on prie debout et non à genoux. L’attitude debout indique la Résurrection du Seigneur. Nous avons donc le droit de rester debout à la messe comme dans nos autres prières.
 2. A tous les chants psalmodiques de la messe et de l’office, on ajoute un ou deux Alléluia. Feuilletons la messe du dimanche in albis ; nous trouvons l’Alléluia à l’Introït, après l’Épître, à l’Offertoire, à la Communion. Ne laissons pas passer cet Alléluia sans le remarquer.
 3. En outre, après l’Épître, on ne trouve pas de Graduel, mais un double Alléluia. Le Graduel a toujours été considéré comme un chant de pénitence dépourvu de joie. C’est pourquoi il disparaît pendant le temps pascal et est remplacé par un double Alléluia.

La couleur des vêtements liturgiques est la couleur de la joie, le blanc, pendant tous les dimanches après Pâques. En outre, le chant pascal, le Gloria in excelsis, qui avait été omis pendant tout le Carême, est chanté les dimanches et les jours de semaine.

Nous reprenons, après une longue interruption, la lecture de l’Écriture, Pendant le temps pascal, nous lisons le Nouveau Testament, d’après l’antique principe : omnia nova (A Pâques, tout est nouveau), Pendant les deux semaines prochaines, nous lisons les Actes des Apôtres, la vénérable histoire de l’Église primitive.

Le Dimanche Blanc.

STATION A SAINT-PANCRACE

« Ce sont les agneaux nouveaux
Qui ont apporté le message, Alléluia, Alléluia.
Ils sont venus aux sources,
Ils ont été remplis de clarté, Alléluia, Alléluia.
Ils se tiennent devant l’Agneau,
Vêtus d’habits blancs,
Et portent des palmes dans les mains,
Ils sont remplis de clarté, Alléluia, Alléluia »

l. Premières impressions. — Quand nous entendons ce mot : dimanche blanc, nous nous représentons quelque chose de clair et de blanc. Nous pensons aux premiers communiants, vêtus de blanc. Nous pensons aux jardins qui, en ce moment, ont leur parure de fleurs blanches. Ces deux images sont tellement associées pour nous au dimanche blanc que nous le considérons comme un jour vénérable et saint. Mais d’où vient ce nom : dimanche blanc ? Comme on le sait, les catéchumènes, après leur baptême, recevaient un vêtement blanc et un cierge allumé. Ils sortaient ensuite de la chapelle baptismale et entraient dans l’église pour assister, la première fois, à la messe. L’habit blanc était le symbole de l’innocence et de la grâce baptismales. Les premiers chrétiens tenaient beaucoup à conserver l’innocence baptismale jusqu’à la mort. Nous avons vu que l’administration actuelle du baptême comporte un usage analogue.

Les néophytes étaient les enfants privilégiés de l’Église. Pendant la semaine, ils assistaient chaque matin à la messe, vêtus de leurs habits blancs ; le soir, ils faisaient une procession aux fonts. Ils étaient, dans la communauté chrétienne, une prédication vivante ; ils annonçaient que les chrétiens sont ressuscités avec le Christ à une vie nouvelle. Le samedi après Pâques, ils venaient une dernière fois, avec leurs habits blancs, dans l’église baptismale. C’est là qu’ils déposaient leurs habits que l’on conservait dans la chambre du trésor. Ces habits devaient être un souvenir de leur baptême et, en même temps, un gage de leur fidélité aux promesses du baptême.

Le lendemain avait lieu la dernière procession de station. On se rendait dans l’église de Saint-Pancrace. Les catéchumènes y venaient pour la première fois avec leurs habits ordinaires. Cela signifiait qu’ils étaient désormais des chrétiens majeurs ; qu’ils avaient promis de garder les promesses du baptême fidèlement jusqu’à la mort. L’église de station convenait parfaitement pour cela. Saint Pancrace était un enfant de 14 ans qui, dans un âge si tendre, scella de son sang ses promesses baptismales. Il mourut pour le Christ et fut considéré comme le patron de la fidélité au serment.

2. La messe (Quasi modo). On désigne souvent ce dimanche par ces premiers mots de l’Introït). — L’Église unit aujourd’hui la force et la douceur. On entend dans les chants l’accent dominateur de la foi qui caractérisait l’ère du martyre et, en même temps, le tendre amour de l’Église pour ses enfants nouveau-nés.

C’est notre Mère l’Église qui, à l’Introït, s’adresse aux nouveaux baptisés (et aussi à nous) : Vous êtes nés de l’eau du baptême, mais, comme des nouveau-nés, vous êtes encore faibles. Il vous faut grandir sur le sein maternel où vous serez nourris de l’Eucharistie. Le thème de la messe est ainsi indiqué (l’Introït est véritablement ce qu’il doit être, l’ouverture de la messe). Nous y trouvons aussi l’expression de la grande pensée liturgique : du baptême à l’Eucharistie. Ce sera pendant le temps pascal, et même durant la vie, le moyen que l’Église emploiera pour éduquer les baptisés. Le psaume 80, dans son entier, a sa place ici (habituons-nous, quand nous préparons notre messe, à réciter le psaume de l’Introït en entier). C’est un psaume de fête. Le début est comme un son puissant de cloche. Puis nous entendons le sermon de fête de Dieu lui-même ; il nous montre l’assurance et le bonheur des chrétiens : « Il les nourrira de la moelle du froment et les rassasiera du miel de la pierre ». C’est l’Eucharistie.

L’Oraison est d’une grande beauté, pleine de sens et d’enseignement. Pâques est passé, mais nous devons en « conserver l’esprit dans notre conduite ». Il y a là tout un programme pour nous. Nous devons mener une vie de résurrection spirituelle.

L’Épître, d’une grande solennité, nous parle de la foi qui triomphe du monde. Les baptisés sont « nés de Dieu » ; la foi au Christ a vaincu le monde. Cette foi est attestée par le Dieu un en trois personnes : par le Père, au baptême, dans le Jourdain ; par le Fils mourant sur la Croix ; par le Saint-Esprit dans son Église, La liturgie donne cependant une autre interprétation à ces paroles. Elle y voit l’indication des trois sacrements de la nuit pascale : le Baptême (l’eau), l’Eucharistie (le sang) et la Confirmation (l’Esprit). Dans cette phrase : « Le Christ n’est pas venu avec l’eau seulement, mais avec l’eau et le sang », l’Église veut encore exprimer son thème de prédilection : ce n’est pas le baptême seul qui fait le chrétien complet, mais le baptême et l’Eucharistie.

L’Évangile nous représente, d’une manière dramatique, une des apparitions les plus intimes du Ressuscité. « Huit jours après Pâques » (c’est aujourd’hui), Jésus apparaît à « Thomas l’incrédule ». Nous recevons ici une nouvelle leçon sur la foi qui « ne voit pas », qui n’aperçoit pas et croit cependant. La liturgie voit, de plus, une légère allusion à l’Eucharistie : S’il vous est difficile de croire, mettez sans cesse votre doigt dans les plaies du Christ, c’est-à-dire recevez l’Eucharistie ; alors vous verrez le Christ et direz avec Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu. Ces indications sont loin d’épuiser la signification de l’Évangile. Dans le mystère sacré de la liturgie, nous sommes aujourd’hui Thomas. C’est ce qui apparaît clairement dans l’antienne de la Communion. Si nous recevons aujourd’hui la sainte Hostie, le Ressuscité nous dit : « Avance la main (autrefois, les chrétiens recevaient le pain eucharistique dans la main) et reconnais la place des clous... » L’allégresse pascale éclate dans la Secrète : nous offrons à Dieu les dons de l’Église joyeuse et nous demandons la joie éternelle.

3. Lecture d’Écriture (Col., III, 1-17). — La liturgie ne commence pas encore aujourd’hui la lecture suivie de l’Écriture, mais, conformément à l’importance du jour, elle choisit une lecture propre. Dans cette lecture, l’Église fait aux nouveaux baptisés (et à nous) un dernier sermon. Le thème de ce sermon peut se résumer dans ces paroles de l’oraison d’aujourd’hui : conserver l’esprit de Pâques dans notre conduite.

« Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut où le Christ demeure assis à la droite de Dieu. Ayez du goût pour les choses d’en haut et non pour celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, apparaîtra de nouveau, vous apparaîtrez, vous aussi, avec lui dans la gloire. Faites donc mourir ce qui, dans vos membres, est terrestre... Mais maintenant, vous aussi, rejetez ces choses : la colère, l’animosité, la méchanceté ; que les injures et les paroles déshonnêtes soient bannies de votre bouche ! Ne vous trompez pas mutuellement. Dépouillez le vieil homme avec ses œuvres et revêtez l’homme nouveau qui progresse sans cesse vers la connaissance parfaite et se renouvelle selon l’image de celui qui l’a créé... Ainsi donc, comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous de miséricorde cordiale, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement et pardonnez-vous les uns aux autres... »

4. La prière des Heures. — Les matines d’aujourd’hui, surtout, sont très riches de pensées. On pourrait leur donner pour titre ces paroles : la foi et la vie des nouveaux chrétiens. Nous lisons un sermon de saint Augustin adressé .aux nouveaux baptisés : (La fête de Pâques se termine avec la solennité d’aujourd’hui. C’est pourquoi les nouveaux baptisés changent aujourd’hui d’habits ; mais s’ils déposent la robe blanche de leur corps, l’âme doit garder toujours la sienne... Ma parole, sans doute, s’adresse à tous ; mais, puisque nous clôturons aujourd’hui la fête des mystères du baptême, je voudrais m’adresser à vous, tendres rejetons de la sainteté régénérés dans l’eau et le Saint-Esprit, sainte floraison, troupe juvénile, fleur de notre honneur, fruits de notre travail, ma joie et ma couronne, vous tous qui êtes attachés au Seigneur. C’est avec les paroles de l’Apôtre que je m’adresse à vous : « Voici que la nuit est passée ; le jour s’approche : rejetez donc les œuvres des ténèbres et revêtez les armes de la lumière. Comme en plein jour, marchons avec honneur... revêtez le Seigneur Jésus-Christ ». (Ces paroles de l’Apôtre qui l’avaient converti lui-même, saint Augustin les adresse aux nouveaux convertis) Que vos reins soient ceints ! Ayez des lampes allumées à la main ; soyez semblables à des hommes qui attendent leur Maître quand il reviendra pour les noces. Voici que les jours sont proches dont le Seigneur dit : « Encore un peu de temps et vous me reverrez ». C’est l’heure dont il dit : « Vous serez tristes et le monde : se réjouira ». Cela signifie l’heure présente, pleine de tentations, dans laquelle nous errons loin de lui. Mais je vous reverrai, dit-il encore, et votre cœur se réjouira et personne ne pourra vous enlever votre joie ».

Les antiennes directrices nous enseignent à méditer toute la journée le récit évangélique. Au lever du soleil : « Le soir de ce jour, le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées, Jésus se tint au milieu d’eux et dit : la paix soit avec vous, Alléluia ». Au coucher du soleil : « Au bout de huit jours, les portes étant fermées, le Seigneur entra et dit : la paix soit avec vous, Alléluia ».


[*

Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre,
Te quidem, Dómine, omni témpore,
sed in hoc potíssimum gloriósius prædicáre,
cum Pascha nostrum immolátus est Christus.
Vraiment, il est digne et juste, équitable et salutaire,
de vous louer, Seigneur, en tout temps,
mais surtout avec plus de gloire en ce temps
où le Christ, notre Pâque, a été immolé.
Ipse enim verus est Agnus,
qui ábstulit peccáta mundi.
Qui mortem nostram moriéndo
destrúxit et vitam resurgéndo reparávit.
Car il est le véritable Agneau
qui a ôté les péchés du monde.
Il a détruit notre mort par la sienne
et nous a rendu la vie en ressuscitant.
Et ídeo cum Angelis et Archángelis,
cum Thronis et Dominatiónibus
cumque omni milítia coeléstis exércitus
hymnum glóriæ tuæ cánimus,
sine fine dicéntes :
C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges,
avec les Trônes et les Dominations,
et avec toute la milice de l’armée céleste
nous chantons l’hymne de votre gloire
en disant sans cesse :

[1Luc, XVIII, 32, 33.

[2Ps. XI.

[3Rom. I, 17.


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