2ème Dimanche après Pâques

vendredi 27 mars 2026

Ce Dimanche est appelé le Dimanche du Bon Pasteur. St Pierre, que Jésus ressuscité constitue chef et Pasteur de son Église, nous dit en effet dans l’Épître que le Christ est le Pasteur de nos âmes, qui étaient comme des brebis errantes. Il est venu donner sa vie pour elles et elles se sont groupées autour de lui. L’Évangile nous redit la parabole du Bon Pasteur, qui défend ses brebis contre les attaques du loup et les préserve de la mort (Or.). Il annonce aussi que les païens viendront se joindre aux Juifs de l’Ancienne Loi et qu’ils ne formeront qu’une seule église et un seul troupeau, sous un même Pasteur. Jésus les reconnaît pour ses brebis et, comme les disciples d’Emmaüs dont « les yeux s’ouvrent à la fraction du pain » (Ev., 1er All.), elles reconnaissent à leur tour, à l’autel où le prêtre consacre l’Hostie qui est le mémorial de la Passion de Jésus, que le Christ est « le bon Pasteur qui a donné sa vie pour pouvoir nourrir ses brebis de son corps et de son sang » (Matines, S. Grégoire, leçon X.). Levant alors vers lui leurs regards (Off.), elles lui expriment leur reconnaissance pour sa grande miséricorde (Intr.). « C’est en ces jours, dit S. Léon, que le Saint-Esprit s’est répandu sur tous les Apôtres par l’insufflation du Seigneur, et que le bienheureux Apôtre Pierre, élevé au-dessus de tous, s’est vu confier, après les clefs du royaume, le soin du troupeau du Seigneur » (2ème Nocturne). C’est le prélude de la fondation de l’Église. — Serrons-nous autour du divin Pasteur de nos âmes caché dans l’Eucharistie, et dont le Pape, Pasteur de l’Église universelle, est le représentant visible.

 Textes de la Messe

Dominica Secunda post Pascha
2ème Dimanche après Pâques
ante CR 1960 : semiduplex
Semidouble
CR 1960 : II classis
2nde classe
Ant. ad Introitum. Ps. 32, 5-6.Introït
Misericórdia Dómini plena est terra, allelúia : verbo Dómini cæli firmáti sunt, allelúia, allelúia.La terre est remplie de la miséricorde du Seigneur, alléluia ; les cieux ont été affermis par la parole du Seigneur, alléluia, alléluia.
Ps. ibid., 1.
Exsultáte, iusti, in Dómino : rectos decet collaudátio.Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur ; c’est aux hommes droits que sied la louange.
V/.Glória Patri.
Oratio.Collecte
Deus, qui in Fílii tui humilitáte iacéntem mundum erexísti : fidélibus tuis perpétuam concéde lætítiam ; ut, quos perpétuæ mortis eripuísti cásibus, gáudiis fácias pérfrui sempitérnis. Per eúndem Dóminum.Dieu, qui, par l’humilité de votre Fils, avez relevé le monde abattu : accordez à vos fidèles une allégresse constante, et faites jouir des joies éternelles ceux que vous avez arrachés aux dangers d’une mort sans fin.
Léctio Epístolæ beáti Petri Apóstoli.Lecture de l’Épître du B. Ap. Pierre.
1 Petri 2, 21-25.
Caríssimi : Christus passus est pro nobis, vobis relínquens exémplum, ut sequámini vestígia eius. Qui peccátum non fecit, nec invéntus est dolus in ore eius : qui cum male dicerétur, non maledicébat : cum paterétur, non comminabátur : tradébat autem iudicánti se iniúste : qui peccáta nostra ipse pértulit in córpore suo super lignum : ut, peccátis mórtui, iustítiæ vivámus : cuius livóre sanáti estis. Erátis enim sicut oves errántes, sed convérsi estis nunc ad pastórem et epíscopum animárum vestrárum.Mes bien-aimés, le Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces : lui qui n’a pas commis de péché, et dans la bouche duquel ne s’est pas trouvé de fraude ; lui qui, injurié, ne rendait point d’injures, et, maltraité, ne faisait point de menaces, mais se livrait à celui qui le jugeait injustement ; lui qui a porté lui-même nos péchés dans son corps sur le bois, afin qu’étant morts au péché, nous vivions à la justice ; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. Car vous étiez comme des brebis errantes ; mais vous êtes retournés maintenant au pasteur et au gardien de vos âmes.
Allelúia, allelúia. V/. Luc. 24, 35. Cognovérunt discípuli Dóminum Iesum in fractióne panis.Allelúia, allelúia. V/. Les disciples reconnurent le Seigneur, Jésus à la fraction du pain.
Allelúia. V/. Ioann. 10, 14. Ego sum pastor bonus : ei cognósco oves meas, et cognóscunt me meæ. Allelúia.Allelúia. V/. Je suis le bon pasteur et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. Alléluia.
+ Sequéntia sancti Evangélii secúndum Ioánnem.Suite du Saint Évangile selon saint Jean.
Ioann. 10, 11-16.
In illo témpore : Dixit Iesus pharisǽis : Ego sum pastor bonus. Bonus pastor ánimam suam dat pro óvibus suis. Mercenárius autem et qui non est pastor, cuius non sunt oves própriæ, videt lupum veniéntem, et dimíttit oves et fugit : et lupus rapit et dispérgit oves : mercenárius autem fugit, quia mercenárius est et non pértinet ad eum de óvibus. Ego sum pastor bonus : et cognósco meas et cognóscunt me meæ. Sicut novit me Pater, et ego agnósco Patrem, et ánimam meam pono pro óvibus meis. Et alias oves hábeo, quæ non sunt ex hoc ovíli : et illas opórtet me addúcere, et vocem meam áudient, et fiet unum ovíle et unus pastor.En ce temps-là, Jésus dit aux pharisiens : Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, et celui qui n’est point pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s’enfuit ; et le loup ravit et disperse les brebis. Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met point en peine des brebis. Je suis le bon pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là aussi, il faut que je les amène, et elles écouteront ma voix, et il n’y aura qu’une seule bergerie et qu’un seul pasteur.
Credo
Ant. ad Offertorium. Ps. 62, 2 et 5.Offertoire
Deus, Deus meus, ad te de luce vígilo : et in nómine tuo levábo manus meas, allelúia.O Dieu, mon Dieu, je veille aspirant à vous dès l’aurore et je lève mes mains en votre nom, alléluia.
Secreta.Secrète
Benedictiónem nobis, Dómine, cónferat salutárem sacra semper oblátio : ut, quod agit mystério, virtúte perfíciat. Per Dóminum.Que cette oblation sacrée attire toujours sur nous, Seigneur, votre bénédiction salutaire ; en sorte que ce qu’elle opère en ce mystère, elle l’achève par sa vertu.
Præfatio paschalis, in qua dicitur : in hoc potíssimum. [*]
Ant. ad Communionem. Ioann. 10, 14.Communion
Ego sum pastor bonus, allelúia : et cognósco oves meas, et cognóscunt me meæ, allelúia, allelúia.Je suis le bon pasteur, alléluia ; et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, alléluia, alléluia.
Postcommunio.Postcommunion
Præsta nobis, quǽsumus, omnípotens Deus : ut, vivificatiónis tuæ grátiam consequéntes, in tuo semper múnere gloriémur. Per Dóminum nostrum.Accordez-nous, s’il vous plaît, ô Dieu tout-puissant, qu’obtenant de vous la grâce d’une nouvelle vie, nous nous glorifiions toujours de ce bienfait que nous vous devons.

 Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Ce Dimanche est désigné sous l’appellation populaire de Dimanche du bon Pasteur, parce qu’on y lit à la Messe le passage de l’Évangile de saint Jean où notre Seigneur se donne à lui-même ce titre. Un lien mystérieux unit ce texte évangélique au temps où nous sommes ; car c’est en ces jours que le Sauveur des hommes, établissant et consolidant son Église, commença par lui donner le Pasteur qui devait la gouverner jusqu’à la consommation des siècles.

Selon le décret éternel, l’Homme-Dieu, après quelques jours encore, doit cesser d’être visible ici-bas. La terre ne le reverra plus qu’à la fin des temps, lorsqu’il viendra juger les vivants et les morts. Cependant il ne saurait abandonner cette race humaine pour laquelle il s’est offert en sacrifice sur la croix, qu’il a vengée de la mort et de l’enfer en sortant victorieux du tombeau. Il demeurera son Chef dans les deux ; mais sur la terre qu’aurons-nous pour suppléera sa présence ? Nous aurons l’Église. C’est à l’Église qu’il va laisser toute son autorité sur nous ; c’est entre les mains de l’Église qu’il va remettre le dépôt de toutes les vérités qu’il a enseignées ; c’est l’Église qu’il va établir dispensatrice de tous les moyens de salut qu’il a destinés aux hommes.

Cette Église est une vaste société dans laquelle tous les hommes sont appelés à entrer ; société composée de deux sortes de membres, les uns gouvernant et les autres gouvernés, les uns enseignant et les autres enseignés, les uns sanctifiant et les autres sanctifiés. Cette société immortelle est l’Épouse du Fils de Dieu : c’est par elle qu’il produit ses élus. Elle est leur mère unique : hors de son sein le salut ne saurait exister pour personne.

Mais comment cette société subsistera-t-elle ? Comment traversera-t-elle les siècles, et arrivera-t-elle ainsi jusqu’au dernier jour du monde ? Qui lui donnera l’unité et la cohésion ? Quel sera le lien visible entre ses membres, le signe palpable qui la désignera comme la véritable Épouse du Christ, dans le cas où d’autres sociétés prétendraient frauduleusement lui ravir ses légitimes honneurs ? Si Jésus eût dû rester au milieu de nous, nous ne courions aucun risque ; partout où il est, là est aussi la vérité et la vie ; mais « il s’en va », nous dit-il, et nous ne pouvons encore le suivre. Écoutez donc, et apprenez sur quelle base il a établi la légitimité de son unique Épouse.

Durant sa vie mortelle, étant un jour sur le territoire de Césarée de Philippe, ses Apôtres assemblés autour de lui, il les interrogea sur l’idée qu’ils avaient de sa personne. L’un d’eux, Simon, fils de Jean ou Jonas, et frère d’André, prit la parole, et lui dit : « Vous êtes le Christ, Fils du « Dieu vivant ». Jésus reçut avec bonté ce témoignage qu’aucun sentiment humain n’avait suggéré à Simon, mais qui sortait de sa conscience divinement inspirée à ce moment ; et il déclara à cet heureux Apôtre que désormais il n’était plus Simon, mais Pierre. Le Christ avait été désigné par les Prophètes sous le caractère symbolique de la pierre [1] ; en attribuant aussi solennellement à son disciple ce titre distinctif du Messie, Jésus donnait à entendre que Simon aurait avec lui un rapport que n’auraient pas les autres Apôtres. Mais Jésus continua son discours. Il avait dit à Simon : « Tu es Pierre » ; il ajouta : « et sur cette Pierre je bâtirai mon Église ».

Pesons ces paroles du Fils de Dieu : « Je bâtirai mon Église. » Il a donc un projet : celui de bâtir une Église. Cette Église, ce n’est pas maintenant qu’il la bâtira ; cette œuvre est encore différée ; mais ce que nous savons déjà avec certitude, c’est que cette Église sera bâtie sur Pierre. Pierre en sera le fondement, et quiconque ne posera pas sur Pierre ne fera pas partie de l’Église. Écoutons encore : « Et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre mon Église. » Dans le style des Juifs les portes signifient les puissances ; ainsi l’Église de Jésus sera indestructible, malgré tous les efforts de l’enfer. Pourquoi ? Parce que le fondement que Jésus lui aura donné sera inébranlable. Le Fils de Dieu continue : « Et je te donnerai les clefs du Royaume des cieux. » Dans le langage des Juifs, les clefs signifient le pouvoir de gouvernement, et dans les paraboles de l’Évangile le Royaume de Dieu signifie l’Église qui doit être bâtie par le Christ. En disant à Pierre, qui ne s’appellera plus Simon : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux, » Jésus s’exprimait comme s’il lui eût dit : « Je te ferai le Roi de cette Église, dont tu seras en même temps le fondement. » Rien n’est plus évident ; mais ne perdons pas de vue que toutes ces magnifiques promesses regardaient l’avenir [2].

Or, cet avenir est devenu le présent. Nous voici arrivés aux dernières heures du séjour de Jésus ici-bas. Le moment est venu où il va remplir sa promesse, et fonder ce Royaume de Dieu, cette Église qu’il devait bâtir sur la terre. Fidèles aux ordres que leur avaient transmis les Anges, les Apôtres se sont rendus en Galilée. Le Seigneur se manifeste à eux sur le bord du lac de Tibériade, et après un repas mystérieux qu’il leur a préparé, pendant qu’ils sont tous attentifs à ses paroles, il interpelle tout à coup son disciple : « Simon, fils de Jean, lui dit-il, m’aimes-tu ? » Remarquons qu’il ne lui donne pas en ce moment le nom de Pierre ; il se replace au moment où il lui dit autrefois : « Simon, fils de Jonas, tu es Pierre ; » il veut que les disciples sentent le lien qui unit la promesse et l’accomplissement. Pierre, avec son empressement accoutumé, répondu l’interrogation de son Maître : « Oui, Seigneur ; vous savez que je vous aime. » Jésus reprend la parole avec autorité : « Pais mes agneaux, » dit-il au disciple. Puis réitérant la demande, il dit encore : « Simon fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre s’étonne de l’insistance avec laquelle son Maître semble le poursuivre ; toutefois il répond avec la même simplicité : « Oui, Seigneur ; vous savez que je vous aime. » Après cette réponse, Jésus répète les mêmes paroles d’investiture : « Pais mes agneaux. »

Les disciples écoutaient ce dialogue avec respect ; ils comprenaient que Pierre était encore une fois mis à part, qu’il recevait en ce moment quelque chose qu’ils ne recevraient pas eux-mêmes. Les souvenirs de Césarée de Philippe leur revenaient à l’esprit, et ils se rappelaient les égards particuliers que leur Maître avait toujours eus pour Pierre depuis ce jour. Cependant, tout n’était pas terminé encore. Une troisième fois Jésus interpelle Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » A ce coup l’Apôtre n’y tient plus. Ces trois appels que fait Jésus à son amour ont réveillé en lui le triste souvenir des trois reniements qu’il eut le malheur de prononcer devant la servante de Caïphe. Il sent une allusion à son infidélité encore si récente, et c’est en demandant grâce qu’il répond cette fois avec plus de componction encore que d’assurance : « Seigneur, dit-il, tout vous est connu ; vous savez que je vous aime. » Alors le Seigneur mettant le dernier sceau à l’autorité de Pierre, prononce ces paroles imposantes : « Pais mes brebis » [3].

Voilà donc Pierre établi Pasteur par celui-là même qui nous a dit : « Je suis le bon Pasteur. » D’abord le Seigneur a donné à son disciple et par deux fois le soin des agneaux ; ce n’était pas encore l’établir Pasteur ; mais quand il le charge de paître aussi les brebis, le troupeau tout entier est placé sous son autorité. Que l’Église paraisse donc maintenant, qu’elle s’élève, qu’elle s’étende ; Simon fils de Jean en est proclamé le Chef visible. Est-elle un édifice, cette Église ? Il en est la Pierre fondamentale. Est-elle un Royaume ? Il en tient les Clefs, c’est-à-dire le sceptre. Est-elle une bergerie ? Il en est le Pasteur.

Oui, elle sera une bergerie, cette Église que Jésus organise en ce moment, et qui se révélera au jour de la Pentecôte. Le Verbe de Dieu est descendu du ciel « pour réunir en un les enfants de Dieu qui auparavant étaient dispersés » [4], et le moment approche où il n’y aura plus « qu’une « seule bergerie et un seul Pasteur » [5]. Nous vous bénissons, nous vous rendons grâces, ô notre divin Pasteur ! C’est par vous qu’elle subsiste et qu’elle traverse les siècles, recueillant et sauvant toutes les âmes qui se confient à elle, cette Église que vous fondez en ces jours. Sa légitimité, sa force, son unité, lui viennent de vous, son Pasteur tout-puissant et tout miséricordieux. Nous vous bénissons aussi et nous vous rendons grâces, ô Jésus, pour la prévoyance avec laquelle vous avez pourvu au maintien de cette légitimité, de cette force, de cette unité, en nous donnant Pierre votre vicaire, Pierre notre Pasteur en vous et par vous, Pierre à qui brebis et agneaux doivent obéissance, Pierre en qui vous demeurez visible, ô notre divin Chef, jusqu’à la consommation des siècles.

Dans l’Église grecque, le deuxième Dimanche après Pâques que nous appelons du Bon Pasteur, est désigné sous le nom de Dimanche des saintes myrophores, ou porte-parfums. On y célèbre particulièrement la piété des saintes femmes qui apportèrent des parfums au Sépulcre pour embaumer le corps du Sauveur. Joseph d’Arimathie a aussi une part dans les cantiques dont se compose l’Office de l’Église grecque durant cette semaine.

L’Église Romaine lit les Actes des Apôtres, à l’Office des Matines, depuis lundi dernier jusqu’au troisième Dimanche après Pâques exclusivement.

A LA MESSE.

L’Introït respire le triomphe. Empruntant les accents de David, il célèbre la miséricorde du Seigneur qui s’est étendue à la terre entière, par la fondation de l’Église. Les cieux, qui signifient les Apôtres dans le langage mystérieux de l’Écriture, ont été affermis par le Verbe de Dieu, le jour où il leur a donné Pierre pour Pasteur et pour fondement.

Dans la Collecte, la sainte Église demande pour ses enfants la grâce d’une sainte joie ; car tel est le sentiment qui convient au Temps pascal. Il nous faut nous réjouir d’avoir été sauvés de la mort par le triomphe de notre Sauveur, et nous préparer par les joies pascales à celles de l’éternité.

ÉPÎTRE.

C’est le Prince des Apôtres, le Pasteur visible de l’Église universelle, qui vient de nous faire entendre sa parole. Voyez comment il termine ce passage en reportant nos pensées sur le Pasteur invisible dont il est le Vicaire, et comment il évite avec modestie tout retour sur lui-même. C’est bien là ce Pierre qui, dirigeant Marc son disciple dans la rédaction de son Évangile, n’a pas voulu qu’il y racontât l’investiture que le Christ lui a donnée sur tout le troupeau, mais a exigé qu’il n’omît rien dans son récit du triple reniement chez Caïphe. Avec quelle tendresse l’Apôtre nous parle ici de son Maître, des souffrances qu’il a endurées, de sa patience, de son dévouement jusqu’à la mort à ces pauvres brebis errantes dont il devait composer sa bergerie ! Ces paroles auront un jour leur application dans Pierre lui-même. L’heure viendra où il sera attaché au bois, où il se montrera patient comme son Maître au milieu des outrages et des mauvais traitements. Jésus le lui avait prédit ; car, après lui avoir confié brebis et agneaux, il ajouta que le temps viendrait où Pierre « devenu vieux étendrait ses mains » sur la croix, et que la violence des bourreaux s’exercerait sur sa faiblesse [6]. Et ceci arrivera non seulement à la personne de Pierre, mais à un nombre considérable de ses successeurs qui tous ne font qu’un avec lui, et que l’on verra, dans la suite des siècles, si souvent persécutés, exilés, emprisonnés, mis à mort. Suivons, nous aussi, les traces de Jésus, en souffrant de bon cœur pour la justice ; nous le devons à Celui qui, étant de toute éternité l’égal de Dieu le Père dans la gloire, a daigné descendre sur la terre pour être « le Pasteur et l’Évêque de nos âmes ».

Le premier Verset alléluiatique rappelle le repas d’Emmaüs ; dans peu d’instants nous aussi nous connaîtrons Jésus à la fraction du Pain de vie.

Le second proclame par les propres paroles du Sauveur la dignité et les qualités du Pasteur, son amour pour ses brebis, et l’empressement de celles-ci à le reconnaître pour leur chef.

ÉVANGILE.

Divin Pasteur de nos âmes, qu’il est grand votre amour pour vos heureuses brebis ! Vous allez jusqu’à donner votre vie pour qu’elles soient sauvées. La fureur des loups ne vous fait pas fuir ; vous vous donnez en proie, afin de détourner d’elles la dent meurtrière qui voudrait les dévorer. Vous êtes mort en notre place, parce que vous étiez notre Pasteur. Nous ne nous étonnons plus que vous ayez exigé de Pierre plus d’amour que vous n’en attendiez de ses frères : vous vouliez l’établir leur Pasteur et le nôtre. Pierre a pu répondre avec assurance qu’il vous aimait, et vous lui avez conféré votre propre titre avec la réalité de vos fonctions, afin qu’il vous suppléât quand vous auriez disparu à nos regards. Soyez béni, divin Pasteur ; car vous avez songé aux besoins de votre bergerie qui ne pouvait se conserver Une, si elle eût eu plusieurs Pasteurs sans un Pasteur suprême. Pour nous conformer à vos ordres, nous nous inclinons avec amour et soumission devant Pierre, nous baisons avec respect ses pieds sacrés ; car c’est par lui que nous nous rattachons à vous, c’est par lui que nous sommes vos brebis. Conservez-nous, ô Jésus, dans la bergerie de Pierre qui est la vôtre. Éloignez de nous le mercenaire qui voudrait usurper la place et les droits du Pasteur. Intrus dans la bergerie par une profane violence, il affecte les airs de maître ; mais il ne connaît pas les brebis, et les brebis ne le connaissent pas. Attiré, non par le zèle, mais par la cupidité et l’ambition, il fuit à l’approche du danger. Quand on n’est mû que par des intérêts terrestres, on ne sacrifie pas sa vie pour autrui ; le pasteur schismatique s’aime lui-même ; ce n’est pas vos brebis qu’il aime ; pourquoi donnerait-il sa vie pour elles ? Gardez-nous de ce mercenaire, ô Jésus ! Il nous séparerait de vous, en nous séparant de Pierre que vous avez établi votre Vicaire. Nous n’en voulons pas connaître d’autre. Anathème à quiconque voudrait nous commander en votre nom, et ne serait pas envoyé de Pierre ! Faux pasteur, il ne poserait pas sur la pierre du fondement, il n’aurait pas les clefs du Royaume des cieux ; il ne pourrait que nous perdre. Accordez-nous, ô bon Pasteur, de demeurer toujours avec vous et avec Pierre dont vous êtes le fondement, comme il est le nôtre, et nous pourrons défier toutes les tempêtes. Vous l’avez dit, Seigneur : « L’homme sage a bâti sa maison sur le rocher ; les pluies ont fondu sur elle, les fleuves se sont déchaînés, les vents ont soufflé, toutes ces forces se sont ruées sur la maison, et elle n’est pas tombée, parce qu’elle était fondée sur la Pierre » [7].

L’Offertoire est une aspiration vers Dieu empruntée au Roi-Prophète.

Dans la Secrète, l’Église demande que la divine énergie du Mystère qui va se consommer sur l’autel produise en nous les effets auxquels nos âmes aspirent : mourir au péché et ressusciter à la grâce.

Les paroles de l’Antienne de la Communion rappellent encore le bon Pasteur. C’est le mystère qui domine toute cette journée. Rendons un dernier hommage au Fils de Dieu qui daigne se montrer à nous sous des traits si touchants, et soyons toujours pour lui de fidèles brebis.

Au divin banquet, Jésus bon Pasteur vient d’être donné en nourriture à ses brebis ; la sainte Église, dans la Postcommunion, demande pour nous que nous soyons toujours plus pénétrés d’amour pour cet auguste sacrement, dans lequel nous devons mettre notre gloire ; car il est pour nous l’aliment d’immortalité.

Terminons cette journée par le grand souvenir de la Résurrection, en empruntant cette belle Préface au Missel Mozarabe.

ILLATIO.Feria VI Paschœ.
Dignum et justum est, sanctum et salutare est, nos te gloriosissime Pater Domini nostri Jesu Christi, inenarrabilibus triumphis attollere, completisque erga nos promissorum suorum beneficiis, in quantum se mens parvulorum, te inspirante, repleri senserit, propensius conlaudare. Ut cui plus dimissum est amplius diligat, et potiora jam fœdera accumulet qui tanta necdum credenti donavit. Postquam igitur Verbum caro factum est et habitavit in nobis, fecitque prius cuncta quæ docuit, perfectum divinis operibus virum necessariæ nobis sibique voluntariæ tradidit passioni. Ut quemadmodum mundo huic prædicationis suæ claritate effulserat, ne errorum interitus tenebris fluctuaret, ita etiam infernali carcere mancipatis sua resolvendis descensione succurreret. Neque regnum usque in finem sæculi dilataret. Et spolia quæ quondam prædo attraxerat fraudulentus, ad cœlos secum reveheret innocens crucifixus. Et liberaret virtute justitiæ quos humilitatis suæ redemerat passione. Emisso itaque spiritu, et paternis, ut scriptum est, manibus commendato, hospitium divinitatis immensæ quem virginea conceperant atque ediderant viscera, virgo interim sepultura suscepit. Sed mansit illic nihilominus incorruptus, quia non fuerat ex Adam nati seminis corruptione conceptus. Judæis quoque petentibus, custodes monumento deputantur a Præside, quorum testimonio et fides firmaretur credentium, et confunderetur impietas perfidorum. Quid enim illi obesse potuit humana custodia, cui et dum requiesceret cœleste vigilavit excubium, et cum resurgeret Deus inerat Verbum ? Quod immaculatæ animæ inseparabiliter copulatum adiit, exterruit, subjecit, et domuit, et vinxit cunctas hujus æris in lacu novissimo potestates. Illic mors hebetata contremuit, seseque peremtam acrius quam stimulaverat sensit. Quæque se humani generis dominam lætitabat, ancillam mox crucis affectam Christo triumphante lugebat. Fracta est confestim virtus sæva carnificum, et ad nihilum redacta est exhausta grassatio cruentorum. Inclinata est harum tenebrarum Christi humilitate superbia, et diabolica malitia divini Agni est simplicitate restincta. Amisit e manibus subito quod se crudelissimus hostis credebat perpetim possessurum, cernens humanum genus per hominem Deum paradiso, unde prævaricatione Adæ eliminatum fuerat, restitutum.Il est digne et juste, saint et salutaire, ô glorieux Père de notre Seigneur Jésus-Christ, que nous célébrions votre Nom par les plus triomphantes acclamations, et qu’après avoir vu s’accomplir ce qu’il avait promis, nous fassions entendre ses louanges avec tout l’enthousiasme que vous inspirerez à nos âmes, nous qui ne sommes que des enfants. Celui auquel il a été remis davantage doit aimer davantage aussi ; celui qui, ne croyant pas encore, a reçu des dons si précieux, doit d’autant plus reconnaître le lien que son bienfaiteur a formé avec lui. Le Verbe d’abord se fit chair, et il habita parmi nous ; ses œuvres furent conformes à ses enseignements ; plus tard, lui, l’homme parfait dans ses divines opérations, a daigné embrasser la souffrance nécessaire pour nous, volontaire de sa part. Il avait éclairé le monde des rayons de son enseignement, afin de l’arracher aux ténèbres de l’erreur dans lesquelles il flottait : de même il voulut descendre jusque dans les régions souterraines pour briser les chaînes de ceux qui y gémissaient captifs. Mais il n’a pas attendu la fin des siècles pour proclamer sa royauté. Cette proie que le perfide ennemi s’était acquise par la tromperie, lui, l’innocent crucifié, voulait la faire entrer avec lui dans les cieux, et délivrer, dans sa justice, ceux qu’il avait rachetés par ses humiliations et ses souffrances. Il rendit l’esprit, le remettant aux mains de son Père, ainsi qu’il est écrit ; et un tombeau vierge reçut l’hôte immense et divin que le sein de la Vierge avait conçu et enfanté. Il y demeura sans corruption, de même qu’il avait été conçu de la race d’Adam, sans en contracter la souillure. Sur la demande des Juifs, le gouverneur place des gardes au tombeau ; et le témoignage de ces gardes sert d’appui à la foi des croyants, en même temps qu’il confond l’impiété des perfides. Quel obstacle pouvait lui susciter la surveillance des hommes, à lui autour duquel, durant son repos, veillaient les Esprits célestes ? À lui, qui est ressuscité parce qu’il était le Verbe de Dieu ? Il n’avait point rompu le lien qui l’unissait indissolublement à son âme très pure : lorsqu’il vint la réunir à son corps, il épouvanta les puissances de l’air ; il les soumit, les dompta et les enchaîna dans le gouffre le plus profond. Ce fut alors que, sentant son glaive émoussé, la mort trembla, et qu’elle se vit atteinte plus avant que son aiguillon n’avait porté sur sa victime. Elle se proclamait fièrement maîtresse du genre humain ; maintenant, elle pleure d’être devenue l’esclave de la croix du Christ triomphant. La cruauté des bourreaux envers le Rédempteur a été réduite au néant : tous leurs tourments sont vains. L’orgueil des esprits de ténèbres a été abaissé par l’humilité du Christ ; et la malice du diable a succombé devant la simplicité de l’Agneau. Le cruel ennemi s’est vu tout à coup arracher des mains ce qu’il croyait posséder à jamais ! Sous ses veux, le genre humain a été rétabli par l’Homme-Dieu dans le Paradis, d’où il avait été expulsé par le crime d’Adam.

 Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Station à Saint-Pierre.

Au temps de saint Grégoire le Grand, la station de ce jour avait lieu à Saint-Pierre, près de la tombe du Pastor ovium, puisque c’est là que le saint Docteur prononça sa splendide Homélie sur l’Évangile du Bon Pasteur. L’affirmation était énergique et belle : Jésus, le « prince des pasteurs et l’évêque de nos âmes », comme précisément saint Pierre l’appelle en ce jour (I, II, 25), avait voulu, avant de lui confier le soin de l’Église universelle, que l’Apôtre l’assurât qu’il l’aimait d’un amour intense, qui ne pût être comparé avec celui de ses collègues dans l’apostolat. Sur la foi indéfectible et sur l’amour de Pierre, Jésus fondait la primauté pontificale ; et Pierre, à l’imitation du Sauveur, n’hésita pas à donner sa vie pour le troupeau qui lui avait été confié, scellant de son sang son office pastoral.

C’est pourquoi, dès l’antiquité la plus reculée, l’Église romaine désignait la tombe de saint Pierre comme un trophée de victoire. Là, en effet, à quelques pas de la Confession Apostolique, le premier Pontife avait proclamé devant le « divin » Néron et sa cour, la divinité du Christ : Tu es Christus, filius Dei vivi [8] ; aussi, tel un conquérant glorieux, avait-il étendu ses bras sur la croix, comme pour accueillir Rome et le monde sous sa protection.

La dévotion à Jésus Rédempteur sous les traits du Bon Pasteur pénétra de bonne heure dans le cœur des premiers fidèles. Abercius, dans son inscription funéraire, parle du Bon Pasteur qui, de ses yeux toujours vigilants, regarde son troupeau. A la fin de l’âge apostolique, Hermas donne précisément le nom du Pasteur à son écrit apocalyptique sur la pénitence, sujet alors si discuté. A Rome, l’église située sur le Viminal, près de laquelle les Pontifes fixent leur résidence temporaire, est dédiée au bon Pasteur, dont l’image, au dire de Tertullien, ornait les calices et les coupes eucharistiques. La représentation du bon Pasteur est si familière aux peintres et aux sculpteurs des catacombes que nous la trouvons reproduite à profusion dans les arcosolia et sur les sarcophages. Bien plus, à une époque où le spiritualisme de l’art chrétien antique avait encore en horreur les statues, on fait une exception en faveur de celle du bon Pasteur, dont plusieurs exemplaires importants nous ont été conservés.

Ce dimanche, l’Église grecque commémore avec délicatesse les pieuses femmes qui allèrent au sépulcre de Jésus pour embaumer son corps. Rien n’indique que cet usage ait pénétré dans la liturgie romaine. Quoi qu’il en soit, cette pensée est pleine de noblesse, et nous ne saurions nous dispenser de rapporter ce gracieux distique grec en l’honneur des saintes Myrrhophores :

Christo deferunt aromata discipulae
Quibus, pro unguento, carmina fero.

L’introït est tiré du psaume 32. La résurrection de Jésus est venue répandre sur la terre ses miséricordes, c’est-à-dire les Sacrements, les charismes et les grâces qui alimentent dans l’Église cette vie de sainteté et de mystique résurrection. C’est la puissance de la parole divine qui a opéré tant de merveilles. La nature seule ne pourrait aucunement expliquer un fait aussi merveilleux que la conversion, en si peu de temps, du monde païen au christianisme, et la constitution divine de la famille catholique. Ici intervient évidemment le doigt de Dieu, et à lui seul aussi doit en être attribuée la gloire.

Dans la collecte, il est rappelé que les humiliations du Christ ont été comme les échelons, le moyen dont Dieu s’est servi pour descendre jusqu’au monde abattu dans la poussière et la fange du péché, pour nous relever à notre dignité première d’enfants de Dieu. Heureusement, ce triste état de choses est désormais fini, et au deuil a succédé l’allégresse pascale. On demande donc au Seigneur de donner aux fidèles un continuel motif de se réjouir, non pas des vains plaisirs mondains, mais de cette joie intime que le Saint-Esprit alimente dans le cœur des saints. L’effet de cette allégresse toute spirituelle est de nous pousser plus facilement à désirer et, par suite, à obtenir le bonheur céleste.

Dans la lecture (I Petr., II, 21-25) c’est Pierre en sa demeure, c’est-à-dire dans la basilique Vaticane, qui prend la parole. Il veut expliquer aux fidèles la raison de cette fête pascale en l’honneur du bon Pasteur, qui donne sa vie pour son troupeau. Il décrit dans ce but les circonstances qui révèlent davantage la tendresse et l’amour du Christ en son sacrifice volontaire, sa patience en face des injures, ses blessures, la charité qui lui fait exprimer de ses plaies le baume salutaire destiné à guérir nos péchés. Enfin l’Apôtre termine en nous proposant Jésus-Christ comme le type du pasteur et de l’évêque de nos âmes.

Le verset alléluiatique est pris dans saint Luc (XXIV, 35), là où il raconte que les Apôtres reconnurent Jésus à la fraction du Pain eucharistique. Durant la vie présente, nous procédons par voie de paraboles et de voiles mystérieux. Quand nous sommes sur le point de franchir le seuil de l’éternité bienheureuse, Dieu déchire le voile du Sacrement et il se révèle à nous, non plus sous des symboles et des signes extérieurs, mais face à face, dans les splendeurs de sa lumière, dont le Psalmiste a dit : Et in lumine tuo videbimus lumen [9].

Le verset alléluiatique précédant l’Évangile (Joan., X, 14) présente par anticipation Jésus qui aujourd’hui se révèle à nous comme un pasteur tendre et bon. Entre lui et le troupeau il y a une intime correspondance d’affection. Il connaît ses brebis, c’est-à-dire qu’il les aime, et il dispose tout pour leur bien. Celles-ci à leur tour le connaissent, c’est-à-dire écoutent intérieurement sa voix, dont elles ont l’intime expérience, et elles se prêtent aux motions intérieures de sa grâce, comme il est écrit : Qui Spiritu Dei aguntur, hi sunt filii Dei. [10].

Aujourd’hui la leçon évangélique vient troubler le cycle des lectures pascales de l’Évangile, qui sont tirées exclusivement du discours de Jésus après la Cène. Toutefois une solennité trop caractéristique et trop exceptionnelle se présente aujourd’hui pour que cette infraction à l’antique règle romaine ne semble pas plus que justifiée. D’ailleurs la tradition liturgique de l’Évangile du bon Pasteur, le IIe dimanche après Pâques, est très ancienne, Jésus se présente donc à nous en ce jour comme le bon Pasteur, et il proclame quelles seront dorénavant ses relations avec son troupeau. Brebis et Pasteur avant tout se comprendront réciproquement, et toute la sainteté des âmes aura donc pour base cette vie intérieure d’union avec Jésus. L’âme se maintiendra dans un état de recueillement afin d’entendre la voix suave du bon Pasteur qui parle, et c’est dans ce colloque qu’elle reconnaîtra Jésus.

Il n’est que trop vrai que le nombre des catholiques est restreint, en comparaison de ceux qui non sunt ex hoc ovili [11]. Qu’on remarque le langage plein de douceur de Jésus envers les dissidents : pas un mot de reproche, mais seulement la constatation d’un fait. Pourtant le Christ est venu pour racheter tous les hommes, afin que, comme en Adam tous avaient péri, ainsi en lui tous puissent se sauver. Au moyen de son Église il veut donc aller à la recherche des brebis égarées. Le travail est long et difficile, mais il faut être toujours confiant, parce que Jésus a prédit que l’issue sera heureuse. Nonobstant toute la mauvaise volonté des hommes et des démons, fiet unum ovile [12], il se fera indubitablement un seul bercail sous le gouvernement d’un unique Pasteur.

L’antienne pour l’offrande est tirée du psaume matutinal 62 : « Je lève vers vous, ô Seigneur, mes bras avant le jour, tant est ardent mon amour, tant urgent est le besoin où je me trouve. »

Dans la collecte qui nous prépare à l’anaphore, nous supplions le Seigneur afin que l’oblation eucharistique nous comble de bénédictions, et que la Communion accomplisse effectivement en nous toutes ces grâces d’intime union au Christ sacrifié et triomphant qu’elle — sacramentum unitatis — symbolise mystiquement.

L’antienne pour la Communion répète le verset alléluiatique du bon Pasteur. Non seulement Jésus donne sa vie pour ses brebis, mais il renouvelle quotidiennement pour elles son sacrifice sur les saints autels. En effet, pour perpétuer le souvenir de sa mort, il désire que les fidèles se nourrissent aussi de sa chair et de son sang, sacrifiés et offerts pour nous, afin de nous incorporer à lui.

Dans la collecte d’action de grâces après la Communion, on demande au Seigneur qu’ayant participé aujourd’hui au Sacrement qui nous fait vivre de sa vie même, nous soyons aussi assurés pour l’avenir de la jouissance d’une si grande grâce. Pensée profonde ! La meilleure préparation à une sainte Communion est précisément la Communion qui la précède.

O sacrosainte basilique Vaticane ! Élargis tes nefs spacieuses, parce que tes espérances, fondées sur la promesse de Jésus, ne peuvent être déçues ! Le bon Pasteur ramènera au bercail même les brebis égarées, et illas oportet me adducere [13]... et il y aura un seul troupeau et un seul Pasteur.

 Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Je suis le Bon-Pasteur : je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.

1. Le Bon Pasteur. — L’image du Bon Pasteur nous accompagne pendant la Semaine-Sainte et la semaine de Pâques. Aux matines du Samedi-Saint, nous chantons :

Il s’est éloigné, notre Pasteur,
La source d’eau vive,
A son départ, le soleil s’est assombri…

Et à Pâques, nous avons chanté :

Il est ressuscité, le Bon-Pasteur
Qui donna sa vie pour ses brebis
Et pour son troupeau voulut mourir, Alléluia.
Notre Agneau pascal, le Christ, est immolé.

Aujourd’hui, nous chantons au lever du soleil : « Je suis le pasteur des brebis ; je suis la voie, la vérité et la vie ; je suis le Bon Pasteur, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, Alléluia, Alléluia ». Au coucher du soleil, nous chantons : « Je suis le Bon Pasteur et je pais mes brebis et, pour mes brebis, je donne ma vie, Alléluia ». Qu’ils sont saisissants ces deux chants quand, dans le soleil, on voit le symbole du Christ ! A son lever, il dit au monde : Je suis votre pasteur, je suis la voie, la vérité, la vie ; à son coucher, il parle de sa mort.
C’est justement par sa mort et sa Résurrection que le Christ s’est montré le Bon Pasteur. Il a donné sa vie pour ses brebis quand il est mort sur la Croix. Après sa Résurrection, il rassemble son troupeau avec un amour de Pasteur, cet amour qui pardonne, console et dirige. Il établit un pasteur pour le remplacer. C’est une véritable image de Pâques. Le dimanche est appelé le « dimanche du Bon Pasteur ».

2. La messe (Misericordia). — L’architecture de la messe est d’une belle unité. Presque dans chaque morceau, le Bon Pasteur nous regarde. Ce qui est particulièrement beau, c’est que le verset principal de l’Évangile est répété, comme leitmotiv, à l’Alléluia et à la Communion. L’office de station se célébrait jadis à Saint-Pierre, au tombeau de celui que le Christ a établi pasteur suprême. C’était symbolique.

A l’Introït, nous louons la miséricorde du Bon Pasteur et nous chantons le psaume du Bon Pasteur (Ps. 32). Ce psaume décrit Dieu comme le Bon Pasteur de la nature et des hommes.

Dans l’oraison, le Bon Pasteur paraît de nouveau devant nous : la brebis perdue, l’humanité tombée qu’il a retirée des épines, il la porte maintenant sur ses épaules où elle jouit de la paix en attendant l’éternelle joie dont le temps pascal est l’avant-goût.

Maintenant, à l’Épître, le saint de station, saint Pierre, s’adresse à nous. Saint Pierre, plus que bien d’autres, a éprouvé l’amour prévenant et miséricordieux du Bon Pasteur. En termes chaleureux, il décrit le Bon Pasteur de nos âmes dans sa Passion, il nous rappelle le temps de nos égarements et le bonheur de notre retour au Bon Pasteur. « Vous étiez des brebis errantes, mais, maintenant, vous êtes revenus vers l’Évêque de vos âmes ».

Les deux versets de l’Alléluia ne sont reliés que par le mot connaître (cognoscere). Le Bon Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent — les disciples d’Emmaüs reconnaissent le Seigneur à la fraction du pain. Cette association d’idées est d’abord difficile à comprendre ; puis nous méditons sur le mot connaître. Ce mot signifie plus que son sens littéral ; il veut dire comprendre, avoir confiance, aimer, vivre l’un pour l’autre. C’est là la meilleure explication. Le Christ veut dire : Je suis avec les miens dans l’union la plus étroite, je suis un avec les miens. Le modèle de cette union est l’unité de la sainte Trinité. Mais où cette union se réalise-t-elle d’une manière plus profonde et plus intime que dans la « fraction du pain », dans la sainte Eucharistie ? Cette pensée est la lumière qui éclaire toute la messe.

A l’Évangile, le Bon Pasteur lui-même est devant nous. Il nous donne aujourd’hui encore les deux preuves de son amour de pasteur. Il donne sa vie pour nous, car la messe est le renouvellement du sacrifice sanglant du Calvaire. Il nous connaît et nous devons le connaître dans la sainte communion. Dans l’église des Gentils (saint Pierre), il parle aussi des « autres brebis qu’il veut faire entrer dans le bercail ». Comparons la conclusion des deux lectures. L’une annonce le plan de Dieu, l’autre l’exécution de ce plan. « Celles-ci, je veux aussi les amener au bercail. ». -c Vous étiez des brebis errantes, maintenant — vous êtes rentrés… ».

L’antienne de l’Offertoire est saisissante. Jusqu’ici, il était question du Bon Pasteur Maintenant, on parle des brebis. Quand la communauté se presse autour de l’autel, au moment de l’Offrande, c’est comme si les brebis se pressaient autour de leur pasteur. Nous comprenons alors l’antienne de l’Offertoire que l’Église met dans leur bouche : « Dieu, mon Dieu, je te cherche dès le matin », j’élève vers toi mes mains (pour l’offrande des dons).

A la Communion, nous entendons de nouveau le leitmotiv de la messe. C’est la « connaissance » la plus intime qui puisse s’imaginer.

3. La Prière des Heures. — Aux matines, nous entendons deux « bons pasteurs », deux représentants du « Pasteur et Évêque de nos âmes », les deux papes saint Léon le Grand et saint Grégoire le Grand. — Saint Léon parlé des quarante jours qui ont suivi la Résurrection : « Les jours entre la Résurrection et l’Ascension du Seigneur ne se sont pas passés dans l’inaction. Au contraire, pendant ce temps, de grands sacrements ont été institués, de grands mystères ont été révélés. Pendant ce temps, la crainte de la mort terrible est enlevée et l’immortalité non seulement de l’âme, mais aussi du corps, est annoncée. En ces jours, par l’insufflation du Seigneur, le Saint-Esprit est répandu dans tous les Apôtres. L’Apôtre Pierre, placé avant tous les autres, reçoit, après les clefs du royaume, le soin du bercail du Seigneur... » Saint Grégoire prononça son homélie, en ce jour, dans l’église de station de Saint-Pierre. Le saint Pape nous enseigne que le Christ a réalisé sa parole : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis », non seulement sur la Croix, mais encore dans l’Eucharistie. Mais la parabole doit surtout être une leçon et un avertissement pour les pasteurs des âmes ; elle doit les exhorter à donner leur bien et leur vie pour les brebis qui leur sont confiées. Voici que celui qui est bon, non en vertu d’un don accidentel, mais essentiellement, dit : Je suis le Bon Pasteur. Et il ajoute le modèle de cette bonté que nous devons imiter en disant : le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Il fit ce qu’il nous demande de faire, il montra ce qu’il nous ordonne. Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis afin de présenter son corps et son sang, sous une forme nouvelle, dans notre sacrement et de rassasier de l’aliment de sa chair les brebis qu’il avait rachetées. Le mépris de la mort nous montre la voie que nous devons suivre ; un exemple nous est donné auquel nous devons nous conformer. Notre premier devoir est de nous montrer pleins de miséricorde pour ses brebis ; mais nous avons encore le devoir d’offrir, s’il le faut, notre mort pour ces mêmes brebis.

4. Lecture d’Écriture (Act. Ap., chap. 13 et 14). — Nous lisons le récit du premier voyage missionnaire de Paul et de Barnabé dans l’île de Chypre et l’Asie Mineure. Ils prêchèrent hardiment à Antioche de Pisidie et « tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent ». Mais les Juifs, ayant excité les femmes prosélytes de la classe élevée et les principaux de la ville, suscitèrent une persécution contre Paul et Barnabé et les chassèrent de leur territoire. « Ils allèrent à Iconium ; ils entrèrent de même dans la synagogue des Juifs et y prêchèrent de manière qu’une grande multitude de Juifs et de Grecs embrassèrent la foi. Mais les Juifs restés incrédules excitèrent et aigrirent l’esprit des Gentils contre leurs frères. Ils firent néanmoins un assez long séjour dans ce lieu, parlant avec assurance, appuyés par le Seigneur qui rendait témoignage à la parole de grâce par les prodiges et les miracles qu’il leur donnait de faire. Toute la ville se divisa : les uns étaient pour les Juifs, les autres pour les Apôtres ». De là aussi, saint Paul et son compagnon durent s’enfuir. Ils continuèrent leur œuvre à Lystres. Saint Paul ayant guéri dans cette ville un paralytique, la foule les prit pour des dieux et voulait leur offrir des sacrifices. Ce n’est qu’à grand’peine que le peuple se laissa persuader que ce miracle n’avait pas été accompli par la puissance de Paul, mais par celle du Dieu vivant. Il renonça au sacrifice. Alors survinrent d’Antioche et d’Iconium des Juifs, qui ayant gagné le peuple, lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville, le croyant mort. Mais, les disciples l’ayant entouré, il se releva et rentra dans la ville. Le lendemain, Paul et Barnabé partirent pour Derbé. De là, ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche, raffermissant l’esprit des disciples, et les exhortèrent à persévérer dans la foi en disant que c’est « par beaucoup de tribulations qu’on doit entrer dans le royaume de Dieu. Ils se rendirent ensuite, en traversant la Pisidie, en Pamphylie, puis à Attalie où ils s’embarquèrent pour Antioche. Dès qu’ils furent arrivés, ils assemblèrent l’Église et racontèrent tout ce que Dieu avait fait par eux et comment ils avaient ouvert aux nations les portes de la foi. Ils demeurèrent assez longtemps avec les disciples. Dans cette lecture, nous voyons saint Paul se montrer, lui aussi, un bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.


[*

Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre,
Te quidem, Dómine, omni témpore,
sed in hoc potíssimum gloriósius prædicáre,
cum Pascha nostrum immolátus est Christus.
Vraiment, il est digne et juste, équitable et salutaire,
de vous louer, Seigneur, en tout temps,
mais surtout avec plus de gloire en ce temps
où le Christ, notre Pâque, a été immolé.
Ipse enim verus est Agnus,
qui ábstulit peccáta mundi.
Qui mortem nostram moriéndo
destrúxit et vitam resurgéndo reparávit.
Car il est le véritable Agneau
qui a ôté les péchés du monde.
Il a détruit notre mort par la sienne
et nous a rendu la vie en ressuscitant.
Et ídeo cum Angelis et Archángelis,
cum Thronis et Dominatiónibus
cumque omni milítia coeléstis exércitus
hymnum glóriæ tuæ cánimus,
sine fine dicéntes :
C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges,
avec les Trônes et les Dominations,
et avec toute la milice de l’armée céleste
nous chantons l’hymne de votre gloire
en disant sans cesse :

[1Isai. XXVIII, 16.

[2Matth. XVI.

[3Johan. XXI.

[4Johann, XI, 52.

[5Ibid. X, 16.

[6Johan. XXI.

[7Matth. VII, 24, 25.

[8« Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant. » (Matth., XVI, 16.)

[9Ps. XXXV, 10 : Dans votre lumière, nous verrons la lumière.

[10Rom., VIII, 14 : Ceux qui agissent par l’Esprit de Dieu, sont fils de Dieu.

[11Ceux qui ne sont pas de cette bergerie.

[12Il y aura une seule bergerie.

[13celles-là aussi, il faut que je les amène


Ce forum est fermé : vous pouvez encore consulter les discussions mais vous ne pouvez plus ni ouvrir un sujet ni répondre à un sujet.