3ème Dimanche après Pâques
De 1847, date de l’instauration de la solennité du Patronage de saint Joseph jusqu’à la réforme du calendrier par saint Pie X en 1911, ce dimanche était ‘empêché’ et seulement commémoré.
L’Église est dans la joie parce que Jésus est ressuscité et nous a délivrés (All.). Aussi pousse-t-elle des cris d’allégresse (Intr.) et chante-t-elle les louanges de Dieu (Off.). « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, avait dit Jésus au Cénacle, et vous pleurerez et vous vous lamenterez ; et encore un peu de temps et vous me reverrez et votre cœur se réjouira » (Ev). Les Apôtres en revoyant le Christ ressuscité ressentirent cette joie dont déborde encore la liturgie pascale. Et comme Pâques est une figure de la Pâque éternelle, cette joie est aussi celle que ressentira l’Église, lorsqu’après avoir enfanté dans la douleur des âmes à Dieu, elle reverra, à la fin des siècles, temps bien court si on le compare à l’éternité (Matines), Jésus qui apparaîtra triomphant dans le ciel. « Il changera alors notre affliction en une joie que nul ne pourra nous ravir » (Ev.). Cette joie sainte commence dès ici-bas, car Jésus ne nous laisse pas orphelins, mais il vient à nous par l’Esprit-Saint dont la grâce nous comble de bonheur dans l’espérance de la félicité future. Étrangers et voyageurs qui allons vers le ciel à la suite du divin ressuscité, ne nous attachons donc pas, dit S. Pierre, aux vains plaisirs de ce monde, mais observons les préceptes tant négatifs que positifs de l’Évangile (Ep.), afin que « faisant profession d’être chrétiens, nous puissions rejeter ce qui déshonore ce nom, pratiquer ce qui lui est conforme » (Or.), et parvenir ainsi à la Jérusalem céleste dont St Jean nous décrit, dans les leçons et les répons du 1er et du 2er Nocturne, les splendeurs et les joies. « Un des 7 anges me dit : Viens et je te montrerai la nouvelle épouse, l’épouse de l’Agneau. Et je vis Jérusalem qui descendait du ciel, ornée de ses colliers, alléluia. Qu’elle a été faite belle cette épouse venant du Liban, alléluia » (Répons). Mangeons la Pâque du Seigneur, pour que cet aliment de nos âmes protège nos corps (Postc.) et qu’apaisant en nous l’ardeur des désirs terrestres, il nous fasse aimer les biens célestes (Secr.).
Textes de la Messe
| Ant. ad Introitum. Ps. 65, 1-2. | Introït |
| Iubiláte Deo, omnis terra, allelúia : psalmum dícite nómini eius, allelúia : date glóriam laudi eius, allelúia, allelúia, allelúia. | Poussez vers Dieu des cris de joie, ô terre entière, alléluia ; chantez un hymne à son nom, alléluia ; rendez glorieuse sa louange, alléluia, alléluia, alléluia. |
| Ps. ibid., 3. | |
| Dícite Deo, quam terribília sunt ópera tua, Dómine ! in multitúdine virtútis tuæ mentiéntur tibi inimíci tui. | Dites à Dieu, que vos œuvres sont terribles, Seigneur. A cause de la grandeur de votre puissance, vos ennemis vous adressent des hommages menteurs. |
| V/.Glória Patri. | |
| Oratio. | Collecte |
| Deus, qui errántibus, ut in viam possint redíre iustítiæ, veritátis tuæ lumen osténdis : da cunctis, qui christiána professióne censéntur, et illa respúere, quæ huic inimíca sunt nómini ; et ea, quæ sunt apta, sectári. Per Dóminum nostrum. | O Dieu, qui montrez à ceux qui errent la lumière de votre vérité, afin qu’ils puissent rentrer dans la voie de la justice : donnez à tous ceux qui sont placés dans les rangs de la profession chrétienne, la grâce de rejeter tout ce qui est contraire à ce nom, et d’embrasser tout ce qui lui convient. |
| Léctio Epístolæ beáti Petri Apóstoli. | Lecture de l’Épître du Bienheureux Apôtre Pierre. |
| 1. Petri 2, 11-19. | |
| Caríssimi : Obsecro vos tamquam ádvenas et peregrínos abstinére vos a carnálibus desidériis, quæ mílitant advérsus ánimam, conversatiónem vestram inter gentes habéntes bonam : ut in eo, quod detréctant de vobis tamquam de malefactóribus, ex bonis opéribus vos considerántes, gloríficent Deum in die visitatiónis. Subiécti ígitur estóte omni humánæ creatúræ propter Deum : sive regi, quasi præcellénti : sive dúcibus, tamquam ab eo missis ad vindíctam malefactórum, laudem vero bonórum : quia sic est volúntas Dei, ut benefaciéntes obmutéscere faciátis imprudéntium hóminum ignorántiam : quasi líberi, et non quasi velámen habéntes malítiæ libertátem, sed sicut servi Dei. Omnes honoráte : fraternitátem dilígite : Deum timéte : regem honorificáte Servi, súbditi estóte in omni timóre dóminis, non tantum bonis et modéstis, sed étiam dýscolis. Hæc est enim grátia : in Christo Iesu, Dómino nostro. | Mes bien-aimés, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs, à vous abstenir des désirs charnels qui combattent contre l’âme. Ayez une bonne conduite au milieu des païens, afin que, là même où ils vous calomnient comme des malfaiteurs, ils remarquent vos bonnes œuvres et glorifient Dieu au jour de sa visite. Soyez donc soumis à toute institution humaine, à cause de Dieu : soit au roi, comme au souverain, soit aux gouverneurs, comme étant envoyés par lui pour châtier les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. Car c’est la volonté de Dieu, qu’en faisant le bien vous réduisiez au silence l’ignorance des hommes insensés ; comme étant libres, non pour faire de la liberté une sorte de voile dont se couvre la méchanceté, mais comme des serviteurs de Dieu. Honorez tous les hommes ; aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. Serviteurs, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres ; non seulement à ceux qui sont bons et humains, mais aussi à ceux qui sont difficiles. Car cela est agréable à Dieu ; en Jésus-Christ Notre-Seigneur. |
| Allelúia, allelúia. V/. Ps. 110, 9. Redemptiónem misit Dóminus pópulo suo. | Allelúia, allelúia. V/. Le Seigneur a envoyé la délivrance à son peuple. |
| Allelúia. V/. Luc. 24, 46. Oportebat pati Christum, et resúrgere a mórtuis : et ita intráre in glóriam suam. Allelúia. | Allelúia. V/. Il fallait que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât d’entre les morts, et qu’il entrât ainsi dans sa gloire. Alléluia. |
| + Sequéntia sancti Evangélii secundum Joánnem. | Suite du Saint Évangile selon saint Jean. |
| Ioann. 16, 16-22. | |
| In illo témpore : Dixit Iesus discípulis suis : Módicum, et iam non vidébitis me : et íterum módicum, et vidébitis me : quia vado ad Patrem. Dixérunt ergo ex discípulis eius ad ínvicem : Quid est hoc, quod dicit nobis : Módicum, et non vidébitis me : et íterum módicum, et vidébitis me, et quia vado ad Patrem ? Dicébant ergo : Quid est hoc, quod dicit : Modicum ? nescímus, quid lóquitur. Cognóvit autem Iesus, quia volébant eum interrogáre, et dixit eis : De hoc quǽritis inter vos, quia dixi : Modicum, et non vidébitis me : et íterum módicum, et vidébitis me. Amen, amen, dico vobis : quia plorábitis et flébitis vos, mundus autem gaudébit : vos autem contristabímini, sed tristítia vestra vertétur in gáudium. Múlier cum parit, tristítiam habet, quia venit hora eius : cum autem pepérerit púerum, iam non méminit pressúræ propter gáudium, quia natus est homo in mundum. Et vos igitur nunc quidem tristítiam habétis, íterum autem vidébo vos, et gaudébit cor vestrum : et gáudium vestrum nemo tollet a vobis. | En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez, parce que je m’en vais auprès du Père. Alors, quelques-uns de ses disciples se dirent les uns aux autres : Que signifie ce qu’il nous dit : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez, et : Parce que je m’en vais auprès du Père ? Ils disaient donc : Que signifie ce qu’il dit : Encore un peu de temps ? Nous ne savons de quoi il parle. Jésus connut qu’ils voulaient l’interroger, et il leur dit : Vous vous demandez entre vous pourquoi j’ai dit : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous gémirez, vous, et le monde se réjouira. Vous, vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse sera changée en joie. Lorsqu’une femme enfante, elle a de la tristesse, parce que son heure est venue ; mais, lorsqu’elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de la souffrance, dans la joie qu’elle a d’avoir mis un homme au monde. Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira, et personne ne vous ravira votre joie. |
| Credo | |
| Ant. ad Offertorium. Ps. 145, 2. | Offertoire |
| Lauda, anima mea, Dóminum : laudábo Dóminum in vita mea : psallam Deo meo, quámdiu ero, allelúia. | 0 mon âme, loue le Seigneur. Je louerai le Seigneur pendant ma vie ; je chanterai mon Dieu tant que je serai, alléluia. |
| Secreta. | Secrète |
| His nobis, Dómine, mystériis conferátur, quo, terréna desidéria mitigántes, discámus amáre cæléstia. Per Dóminum nostrum. | Que grâce à ces mystères, ô Seigneur, nous soit accordé ce qui, en modifiant nos convoitises terrestres, nous apprendra à aimer les choses célestes. |
| Præfatio paschalis, in qua dicitur : in hoc potíssimum. [*] | |
| Ant. ad Communionem. Ioann. 16, 16. | Communion |
| Módicum, et non vidébitis me, allelúia : íterum módicum, et vidébitis me, quia vado ad Patrem, allelúia, allelúia. | Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, alléluia ; et encore un peu de temps et vous me verrez, parce que je m’en vais auprès du Père, alléluia, alléluia. |
| Postcommunio. | Postcommunion |
| Sacramenta quæ súmpsimus, quǽsumus, Dómine : et spirituálibus nos instáurent aliméntis, et corporálibus tueántur auxíliis. Per Dóminum nostrum. | Nous vous en supplions, Seigneur, que le sacrement par nous reçu, nous restaure en tant qu’aliment spirituel et nous protège comme secours pour nos corps. |
Dom Guéranger, l’Année Liturgique
Dom Guéranger ne traite pas du troisième dimanche après Pâques, en effet, à la date où est composée l’Année Liturgique, ce dimanche est remplacée par la solennité du Patronage de St Joseph. Comme le dit le grand abbé bénédictin : « La série des mystères du Temps pascal est suspendue aujourd’hui ; un autre objet attire pour un moment nos contemplations. La sainte Église nous propose de donner la journée au culte de l’Époux de Marie, du Père nourricier du Fils de Dieu, Patron de l’Église universelle. Au 19 mars cependant nous lui avons rendu notre hommage annuel : aussi n’est-ce pas proprement sa fête que nous allons célébrer en ce jour. Il s’agit d’ériger par la piété du peuple chrétien un monument de reconnaissance au puissant Protecteur, à Joseph, le recours et l’appui de tous ceux qui l’invoquent avec confiance. Assez de bienfaits lui ont mérité cet hommage ; la sainte Église se propose aujourd’hui, dans l’intérêt de ses enfants, de diriger leur confiance vers un secours si puissant et si opportun. ».
Saint Pie X, dans sa réforme du calendrier, afin de libérer les dimanches de l’année liturgique perpétuellement empêchés par une fête du sanctoral, anticipa la solennité de St Joseph au mercredi de la 2ème semaine après Pâques, redonnant ainsi au 3ème dimanche après Pâques sa place dans le calendrier liturgique, ce déplacement de la fête du saint Protecteur de l’Église n’était pas une rétrogradation de la fête car le saint Pape la dota alors d’une octave.
Néanmoins, le commentateur liturgique ne traite pas la journée de la solennité de saint Joseph sans rappeler le jour du Seigneur ainsi remplacé :
« Le troisième Dimanche après Pâques porte, dans L’Église grecque, le nom de Dimanche du Paralytique, parce qu’on y célèbre d’une manière particulière la commémoration du miracle que notre Seigneur opéra à la Piscine Probatique. L’Église Romaine commence aujourd’hui, à l’Office des Matines, la lecture de l’Apocalypse de saint Jean.
L’allégresse que porte avec elle la fête d’aujourd’hui s’est unie aux joies pascales ; mais il est juste que celles-ci aient aussi leur expression particulière. Nous terminerons donc cette journée en offrant à notre divin ressuscité cette Préface empruntée à l’ancien Missel gothique publié par dom Mabillon. »
| CONTESTATIO. | In die Sabbato, octava Paschœ. |
| Dignum et justum est ; necessarium et salutare est : ut te Dominum ac Deum totis visceribus humana conditio veneretur, Rex mirabilis Christe. Cujus condemnatione, tartareis vinculis absoluta credentium turba, libertatis insignia gratulatur. Qui vere ut Leo de tribu Juda mundo ostensus animarum devoratorem exstinctum leonem diabolum omnis terra lætatur. Permittit se clavorum nexibus alligatum ad stipitem crucis teneri : ut non sit parva, quam impius quondam expavescat, potentia. Ad cujus vocem emittens spiritum, terra tremuit, cœlum expavit, dies fugit, sol obscuratus est, astra abscondentia radios suos, simul omnia migraverunt. Cujus descensu, confractis portis, luget Infernum. Quo resurgente, lætantur Angeli ; exsultat terra cum habitatoribus suis. In quo triumpho, conspicitur comitatio illa prophetico ore promissa : Ero mors tua, o Inferne. Ubi est ergo victoria tua ? Nec enim ab alio poterat, nisi a vita mors devorari. Qui descensu suo eos qui tenebantur a morte, superis reddidit resurgendo : ut ejus resurrectio vivorum vel mortuorum testimonio firmaretur. | Il est digne et juste, nécessaire et salutaire, que le genre humain vous rende ses plus ardents hommages, comme à son Seigneur et à son Dieu, ô vous, Christ, Roi admirable ! C’est celui qui, ayant été condamné, a affranchi des liens de l’enfer la foule des croyants, et l’a rangée sous les étendards de la liberté. Il a paru dans le monde, le Lion de la tribu de Juda ; et toute la terre célèbre par ses acclamations la destruction de cet autre lion qui dévorait les âmes. Il permit que ses membres fussent fixés par des clous sur le bois de la croix, pour faire éclater davantage ce pouvoir qui devait épouvanter l’esprit impie. A sa voix, quand il rendit l’esprit, la terre trembla, le ciel fut effrayé, le jour s’enfuit, le soleil s’obscurcit, les astres voilant leurs rayons disparurent tous à la fois. Il descendit dans les régions inférieures, il en brisa les portes, et plongea l’enfer dans le deuil. Maintenant, il ressuscite ; les Anges sont dans la joie, et la terre tressaille avec ses habitants. Dans ce triomphe s’accomplit l’oracle du prophète : « O mort ! O enfer ! Je serai ta mort. » Où est donc, ô mort ! ta victoire ? Mais la mort ne pouvait être ainsi dévorée que par la vie. Étant descendu près de ceux qui étaient les captifs de la mort, en ressuscitant, il les a rendus à la lumière ; afin que le témoignage des vivants et des morts s’unit pour proclamer sa résurrection. |
Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum
Les listes romaines ne désignent plus aucune basilique spéciale pour la célébration de la station dominicale, ce qui montre que les primitives réunions cimitériales, étant tombées en désuétude, en raison du peu de sûreté qu’offrait au VIe siècle la campagne romaine, le rendez-vous stationnal était indiqué chaque fois, ou n’avait pas lieu. La messe célébrée par les prêtres dans leurs églises titulaires suppléait à cette absence de station. Durant le temps pascal, la première lecture de la messe est régulièrement tirée des Épîtres canoniques, parce que, jusqu’à la Pentecôte, l’Église s’était toute groupée autour des Apôtres dans le Cénacle, et que ce fut seulement après l’effusion du Saint-Esprit que Dieu choisit de préférence Paul pour porter la Bonne Nouvelle aux Gentils. Quant à la péricope évangélique, elle rapporte toujours un passage du discours prononcé par Jésus après la dernière Cène, soit parce que, dans cet admirable discours qu’on peut vraiment appeler le testament du Cœur de Jésus, il décrit dans le cadre d’une unique vision prophétique, sa mort, sa résurrection, son retour au Père et la descente de l’Esprit Saint —comme autant d’aspects d’un unique mystère, qui est la Rédemption, la Pâque chrétienne — soit encore parce que la longueur des offices du jeudi saint a empêché de lire ce discours en ce jour mémorable.
L’introït est emprunté au psaume 65, qui n’est qu’un hymne triomphal. « Élevez vers Dieu des cris de joie, vous tous sur la terre ; chantez à son nom l’hymne de la rédemption universelle ; rendez glorieuse sa louange » — voilà la splendeur de la liturgie catholique — exprimée, mieux qu’avec des paroles, dont Isaïe reprochera aux Juifs de se contenter, par les œuvres d’une vie sur laquelle se reflète la gloire et la sainteté du Christ ressuscité.
Dans la collecte, on fait allusion à la sublimité de la vocation chrétienne et de la sainteté éminente qu’exige cet état, lequel prend directement son nom du Christ lui-même. Demandons donc à Dieu par des vœux suppliants que, en vertu de cette bonté même par laquelle il a fait briller sur nous la lumière de la vérité, il nous accorde, à nous et à tous ceux qui ont reçu le même baptême, d’en réaliser aussi la signification.
Dans la lecture, c’est l’apôtre Pierre qui prend la parole. (Petr., I, II, 11-19.) Déjà ont commencé les persécutions néroniennes, et les premières armes dont se servent les adversaires, Juifs en général, sont la calomnie et la violence. A cette haine, les chrétiens répondent comme le Christ, par la souffrance silencieuse et par l’éclat de toutes les meilleures vertus. Par la souffrance et par l’amour, la vérité et le bien feront d’eux-mêmes leur chemin et s’imposeront à l’opinion publique. Mais pour le moment il faut s’humilier, et il convient de respecter les autorités légitimement constituées — même quand il s’agit d’un Néron — sans considérer la façon indigne dont ils exercent le pouvoir qu’ils ont reçu de Dieu. Le règne de Dieu ne s’établit pas sur la terre par des moyens de violence. Le chrétien vit dans l’attente : l’heure arrivera où Dieu visitera par sa grâce l’Empire romain — voilà la réconfortante prophétie de Pierre — et alors Constantin réparera les dommages causés maintenant par la bête fauve couronnée.
Le verset alléluiatique est tiré du psaume 110, qui est l’un des chants de Pâques. Dieu a racheté son peuple, lequel lui appartient maintenant au double titre de la création et de la rédemption. Si donc nous appartenons à Dieu, nous devons vivre pour lui.
Dans le verset précédant l’Évangile, on rappelle la grande loi du royaume de la grâce, c’est-à-dire la nécessité de la Croix. Parole mystérieuse, mais d’une terrible réalité. Il fut nécessaire que le Christ souffrît le premier, et qu’ainsi seulement il entrât dans sa gloire. Si le Fils de Dieu lui-même se soumit à cette loi, à combien plus forte raison ne nous oblige-t-elle pas, nous qui aspirons à entrer dans une gloire qui n’est pas nôtre mais sienne ?
La lecture évangélique, qui est un passage du sublime discours fait par Jésus à la dernière Cène, est tirée de saint Jean (XVI, 16-22). Jésus annonce l’imminence de son départ du monde et le bref intervalle qu’il y aura entre sa mort et sa résurrection. Cette période, après la résurrection du Christ, durant laquelle il se montra aux fidèles, est précisément la nôtre. C’est l’histoire de l’Église militante. Le monde incroyant ne l’a plus revu depuis le soir de la Parascève pascale, mais nous, au contraire, nous le voyons chaque jour dans l’Eucharistie ; nous conversons avec lui, et notre vie est illuminée, comme un éblouissant midi, par les rayons qui forment son auréole de gloire. Cette joie qui provient de notre familiarité avec Jésus ne peut nous être ravie par personne, parce qu’elle est purement intérieure. Elle nous paie avec usure des peines que le monde nous inflige à cause du nom du Seigneur.
Dans l’antienne ad offerendum (Ps. 145) l’âme est invitée à louer Dieu, à le louer dans la nouvelle vie de résurrection à laquelle il nous a élevés ; vie perpétuelle qui ne connaît point de mort. Le verset se rapporte avant tout au Christ, à la vie de qui nous participons grâce aux Sacrements.
Dans la collecte de préparation à l’anaphore consécratoire, il est fait allusion à l’un des plus importants effets de la sainte Communion. Elle est ce vin annoncé par le Prophète, et qui fait germer la tige de la virginité. L’Eucharistie éteint en nous les flammes de la concupiscence et allume dans le cœur un saint amour pour les choses divines. Elle infuse en nos âmes la nostalgie du paradis.
Dans l’antienne qui se chante durant la sainte Communion, et qui est tirée de l’Évangile du jour, on met en relief la fidélité avec laquelle Jésus a tenu sa promesse. Il avait dit que nous le reverrions, et en effet, non seulement nous le revoyons, mais nous le touchons, et son sang mêlé à notre vie lui communique vigueur, jeunesse et joie indéfectible, telle qu’elle jaillit d’une vie divine.
Nous demandons dans la collecte que, comme le Sacrement de l’Eucharistie nous est une nourriture spirituelle pour la vie éternelle, il nous soit aussi un moyen temporel pour y parvenir.
Le terme des espérances du chrétien est dans le ciel ; aussi autrefois, selon les exhortations de saint Pierre dans la lecture de ce jour, les anciennes communautés chrétiennes se nommaient-elles pèlerines sur la terre : Ecclesia Dei quæ peregrinatur [1]... La lecture évangélique d’aujourd’hui confirme elle aussi ce sentiment, et nous avertit que sur la terre nous n’aurons que des amertumes et des pleurs, tandis que le monde se réjouira.
Mais à la fin, Jésus nous fera contempler son visage béatifique, et alors notre joie ne passera plus. Ce contraste entre le monde et nous ne doit toutefois pas alimenter dans notre cœur un sentiment de haine ou de mépris. Nous ne devons haïr personne, mais notre devoir est de supporter les méchants, attendant patiemment que sonne aussi pour eux l’heure de la visite, comme le dit aujourd’hui saint Pierre dans l’Épître, alors que la grâce de Dieu triomphera de leur volonté rebelle.
Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
Transition.
Le temps pascal, dans son contenu, peut se diviser en deux parties. La première partie regarde en arrière et est traversée par ces trois thèmes : la Résurrection, le Baptême, l’Eucharistie ; elle se termine avec la deuxième semaine après l’octave de Pâques. Vient ensuite la seconde partie qui prépare à l’Ascension du Seigneur et à l’envoi du Saint-Esprit les deux nouveaux thèmes sont : Ascension et Saint-Esprit. Le Christ se dispose à fonder son royaume sur la terre et ce royaume devait être un royaume spirituel. C’est pourquoi le Christ devait quitter la terre et transporter son siège dans le ciel. Les siens ne devaient pas s’attacher sa personnalité terrestre, ils devaient être spirituels, spiritualisés ; c’est pourquoi il envoie le Saint-Esprit, le Paraclet, qui tient sa place. Il sera désormais le « guide », le consolateur des fidèles. Spiritualisation, voilà quelle est la grande ligne qui mène de Pâques à la Pentecôte et qui atteint son plus haut point à la Pentecôte. L’Église veut désormais nous faire passer, de plus en plus, de la joie du temps pascal à la vie de combat qui nous attend dans la réalité. Les néophytes et nous, nous nous sommes approchés tout près du Seigneur dans ses grands mystères, nous avons touché les plaies du Seigneur. Mais à peine huit jours s’étaient écoulés que l’Église enlevait déjà aux néophytes leurs habits blancs afin qu’ils ne s’attachent pas à l’extérieur Elle veut aussi nous détacher de l’extérieur et du symbole. Tout cela n’est qu’un moyen pour arriver au but. Elle veut nous conduire vers ce qui est intérieur et spirituel. C’est ce but que poursuivront désormais les messes du dimanche. Tous les Évangiles sont empruntés au magnifique discours d’adieu après la Cène. Dans ces adieux, le Christ voulait consoler les Apôtres du départ de leur Maître, ancrer leur cœur auprès de lui dans le ciel et les rendre capables de supporter la souffrance sur la terre. L’Église applique ces passages au temps qui suit Pâques. Nous aussi, nous devons nous résigner à ne plus sentir le voisinage du Seigneur. C’est pourquoi l’Église nous montre le ciel (IIIe dimanche) ; et si elle nous conduit dans le monde hostile (IVe dimanche), par contre, elle nous promet le Saint-Esprit comme consolateur. Enfin, la célébration fréquente de l’Eucharistie doit nous donner en abondance l’Esprit du Christ.
Samedi soir. Le samedi soir appartient déjà au dimanche. C’est pourquoi nous chantons d’ordinaire une antienne de Magnificat tirée de l’Évangile du lendemain. Ainsi, nous chantons aujourd’hui : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, dit le Seigneur ; et encore un peu de temps et vous me reverrez, car je vais vers mon Père, Alléluia, Alléluia, Alléluia » (Ant. Magn.).
Le 3ème Dimanche après Pâques.
Il y a déjà trois semaines d’écoulées depuis le saint Jour de Pâques. La Résurrection du Seigneur occupait toutes les pensées de notre Mère l’Église. Dans la première semaine de Pâques, elle nous mettait chaque jour sous les yeux une des apparitions du Christ ressuscité. Le dimanche blanc, nous avons vu le Seigneur avec Thomas et il nous a été permis de mettre nos doigts dans ses plaies glorifiées. Le deuxième dimanche, nous nous sommes réunis comme des brebis fidèles autour du Bon Pasteur qui, à Pâques, nous avait rassemblés alors que nous étions errants, et qui, maintenant, nous conduit dans les riches pâturages de ses saints mystères. Jusqu’ici, l’Église était tout oreilles, tout yeux et tout cœur pour le Ressuscité.
A partir d’aujourd’hui, elle regarde vers l’avenir, vers un double avenir, l’avenir du Christ et notre propre avenir : Aujourd’hui, pour la première fois, l’Église nous prépare à l’Ascension du Seigneur. Le Christ dit expressément dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, car je vais vers mon Père ». Mais nous ne devons pas croire que l’Église, à la pensée du départ du Christ, va devenir mélancolique et triste. Non ; la jubilation pascale ne diminue pas, elle augmente plutôt. Voyons l’antienne de l’Introït : « Tressaillez de joie en Dieu, nations de partout, Alléluia, Alléluia ; célébrez son nom, Alléluia ; chantez la magnificence de sa gloire, Alléluia, Alléluia ». L’Église n’est donc pas triste à la pensée du départ du Seigneur, comme l’étaient les Apôtres dans l’Évangile d’aujourd’hui. Elle aime voir le Seigneur monter au ciel, car elle-même ne se sent pas chez elle sur la terre. Le ciel est sa patrie et elle soupire après le jour où elle suivra son Époux dans le ciel. Ceci nous amène à parler du second avenir auquel nous prépare l’Église, notre propre avenir. Jusqu’ici, nous fêtions Pâques. Nous nous sentions pour ainsi dire au ciel. Volontiers nous aurions dit comme saint Pierre : « Il fait bon ici, dressons-y nos tentes ! » Nous allions oublier que nous sommes encore sur la terre. L’Église nous ramène aux âpres réalités de la vie quotidienne. Elle ne nous les peint pas en rose ; elle ne nous présente pas un Éden où ne fleurissent que des roses sans épines. Elle le dit clairement aux nouveaux chrétiens comme à nous : la vie chrétienne est une vie dure, difficile, une vie remplie de souffrances, de combats, d’épreuves ; la vie chrétienne est un pèlerinage vers la patrie céleste.
1. La messe (Jubilate). — Nous pourrions donner à cette messe le titre suivant : Le chrétien est un étranger sur la terre. Commençons par l’explication de l’Épître de saint Pierre : « Mes très chers, je vous en avertis, abstenez-vous, comme des étrangers et des pèlerins, des désirs charnels qui luttent contre l’âme ». Nous devons donc être des étrangers et des pèlerins sur la terre. Pour mieux nous faire comprendre, recourons à une parabole : Un père avait deux fils. Quand ils furent grands, il les envoya voyager à l’étranger. Ils devaient s’y instruire et revenir ensuite à la maison. L’un des deux fils s’en va, se plaît à l’étranger, oublie la patrie et s’adonne au jeu et à la boisson. L’étranger devient sa patrie. Le second s’en va, lui aussi. L’amour de la patrie l’accompagne ; il travaille avec ardeur pour s’instruire comme il faut. Les jeunes filles de l’étranger essaient de l’attirer, mais il ne fait pas attention à elles, car il a sa fiancée au pays. Il ne charge pas son sac de voyage et, dès qu’il le peut, il s’en retourne, léger, vers sa patrie. Il souffre souvent de la nostalgie. Quand il reçoit une lettre de son père, sa nostalgie augmente encore. Il écrit souvent lui-même à la maison. De temps en temps, son père lui envoie un pain de la maison, qu’il mange de grand appétit et qui le soutient dans son voyage. Il revient enfin heureusement dans sa patrie. Voilà la parabole. Donnons-en maintenant l’explication. Dieu envoie les hommes sur la terre, qui est pour nous l’exil. Notre patrie, c’est le ciel ; notre Père, c’est Dieu. Une partie des hommes se trouvent si bien sur la terre qu’ils oublient le ciel. Leur cœur est attaché aux biens et aux occupations de la terre ; ils n’ont pas le moindre désir de la patrie céleste. Quand leur Père leur envoie une lettre (c’est-à-dire la prédication, la Sainte Écriture, l’Évangile, qui est la parole de Dieu, une lettre de Dieu), ils se bouchent les oreilles et ne veulent pas entendre. Ce sont les enfants du monde. Une autre partie des hommes marche avec amour et espérance vers Dieu et vers le ciel, à travers l’exil de la vie terrestre. Ils se sentent pèlerins et étrangers. Ils vivent sans doute parmi les hommes, remplissent leurs devoirs et leurs tâches, mais leur cœur est dans la patrie. Ils se soumettent aux lois et aux coutumes du pays, s’efforcent de vivre en bons termes avec tous, mais ils se sentent étrangers sur la terre. C’est pourquoi les gens avec qui ils vivent ne les voient pas d’un bon œil ; on les traite de rêveurs chimériques. Ils ne s’alourdissent pas de biens terrestres ; ils passent avec un léger bagage à travers le monde (c’est la pauvreté spirituelle). Ils se réjouissent quand ils reçoivent une lettre de leur Père céleste (c’est-à-dire : ils lisent et entendent volontiers la parole de Dieu). Ils écrivent volontiers au paradis (par la prière). Le Père céleste leur a donné un pain du ciel (la sainte Eucharistie) ; ils sont heureux d’en manger quand le chemin est rude et pénible. Ce pain leur donne de nouvelles forces et les garde des séductions de l’étranger. — Nous comprenons maintenant l’Épître ; elle nous donne les règles de voyage pour notre pèlerinage terrestre. Pour conclure, saint Pierre résume l’attitude que nous devons avoir en quatre phrases courtes : « Honorez tout le monde, aimez vos frères, ayez du respect pour Dieu, honorez le roi ».
A cette Épître du voyage convient très bien l’Évangile du petit délai. Cette péricope est tirée du discours d’adieu du Seigneur après la Cène. De ce discours, l’Église aime faire les adieux du Seigneur avant l’Ascension. Quand nous entendons cet Évangile, nous devons dire : voici les adieux du Seigneur au moment où il nous quitte. Mais que veut nous dire l’Église, à nous ? Dans notre vie, il y a aussi deux délais, et les choses se passent pour nous exactement comme pour les disciples. « Un peu de temps et vous ne me verrez pas ». C’est la vie terrestre, pendant laquelle nous ne voyons pas le Seigneur. C’est le temps de l’exil terrestre, et il en va pour nous comme pour les Apôtres : « Vous gémirez et vous pleurerez ; quant au monde, il se réjouira ». La vie terrestre ne présente guère aux enfants de Dieu que des larmes et du chagrin ; ils rencontrent bien des peines sur la terre. Pour les mauvais, ils vivent dans la joie et la, volupté ; ils se rient de nous. Mais cela même est pour nous une consolation. La vie terrestre ne dure qu’« un peu de temps ». Bientôt viendra le second délai : « vous me verrez de nouveau » ; « quand je vous reverrai, votre cœur se réjouira, et votre joie, personne ne pourra vous l’enlever. » Quand nous serons morts, le Sauveur glorifié paraîtra devant nous. Alors toute souffrance sera oubliée, alors ce sera la joie éternelle. — Cette idée du petit délai est chère à la chrétienté ; elle s’applique tour à tour au Seigneur et aux disciples ; elle exerce sur tous les cœurs un véritable charme. L’oraison, elle aussi, est une prière de voyage : « Ô Dieu, tu montres à ceux qui errent la lumière de ta vérité, afin qu’ils puissent revenir sur la voie de la vérité ». L’oraison suppose que nous errons sur la terre, que nous avons besoin d’un guide et, pour ainsi dire, d’une étoile, comme les Mages, de la lumière de la vérité (et non de la lumière trompeuse des joies mondaines).
2. La prière des heures. — Aux matines, Saint Augustin parle aujourd’hui de la « résurrection de la chair ». Ce passage est très important pour le temps pascal : « dans ces saint jours consacrés à la Résurrection du Seigneur, nous voulons autant que sa grâce nous le permettra, parler de la résurrection de la chair. C’est en effet notre foi ; ce don nous a été promis dans la chair de Notre Seigneur Jésus-Christ et a été réalisé en lui, par avance, d’une manière exemplaire. Il voulait, en effet, non seulement annoncer ce qu’il nous a promis pour la fin du monde, mais encore le montrer par avance. Car ceux qui vivaient alors et qui s’effrayèrent quand ils le virent, croyant avoir devant les yeux un esprit, constatèrent la réalité de son corps. Il ne parla pas seulement par des paroles à leurs oreilles, mais encore en se montrant à leurs yeux. C’eût été trop peu de se montrer à leurs regards s’il n’avait pas encore offert son corps au toucher. Il dit, en effet : Pourquoi êtes-vous troublés et pourquoi les pensées montent-elles dans votre cœur ? Car ils croyaient voir un esprit. Pourquoi êtes-vous troublés et pourquoi les pensées montent-elles dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds ; touchez, voyez ; car un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai. C’est contre cette évidence que les hommes disputaient. Que peuvent faire les hommes qui ne conçoivent que ce qui est humain sinon disputer contre Dieu sur ce qui est divin ? Car il est Dieu et ils sont hommes. Mais Dieu sait que les pensées des hommes sont vaines. Dans l’homme charnel, toute la connaissance se règle d’après ce qu’il a l’habitude de voir. Ce qu’ils voient d’ordinaire, ils le croient ; ce qu’ils n’ont pas l’habitude de voir, ils ne le croient pas. Dieu fait des miracles qui dépassent ce qui est habituel, parce qu’il est Dieu. Assurément, c’est un plus grand miracle de voir naître tant d’hommes qui n’étaient pas, que d’en voir ressusciter quelques-uns qui étaient déjà ; cependant, on ne remarque pas ces miracles, parce que l’accoutumance les a rendus banals. Le Christ est ressuscité ; c’est un fait certain. Il était corps, il était chair ; il a été suspendu à la Croix, il a rendu son esprit ; sa chair a été mise au tombeau. Celui-là l’a rendue vivante qui vivait en elle. Pourquoi sommes-nous étonnés ? Pourquoi ne croyons-nous pas ? C’est Dieu qui a opéré cela. Songez à l’auteur de ce miracle et supprimez le doute ».
Au troisième nocturne, le même saint docteur explique le « petit délai » : « Le petit délai est tout l’espace de la vie terrestre ». Ces paroles : « Encore un peu de temps et vous me reverrez » s’appliquent à toute l’Église. Maintenant, sans doute, le petit délai nous paraît bien long. Mais quand il sera passé, on se rendra compte combien il était petit.
3. Lecture d’Écriture (Apocalypse, chap. I). — On trouve un beau complément des pensées du dimanche sur notre condition d’« étrangers sur la terre » dans la lecture d’Écriture de cette semaine. L’Apocalypse nous conduit dans la patrie céleste (c’est ce que nous montrent les répons de la semaine). Ce livre est le seul livre prophétique du Nouveau Testament. Les événements de la fin du monde et le retour du Christ pour le jugement dernier en constituent l’objet principal. L’Apôtre saint Jean l’a écrit à Patmos. L’Apocalypse est, pour l’Église universelle de tous les temps, pour tous les fidèles, un livre de consolation et d’encouragement. C’est la confirmation de la promesse du Christ : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ». Voici le début : « Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a confiée pour découvrir à ses serviteurs les événements qui doivent arriver bientôt. Il l’a fait connaître en envoyant un ange à son serviteur Jean, qui atteste la parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ en tout ce qu’il a vu... Voici qu’il vient leur les nuées. Tout œil le verra, même ceux qui l’ont percé, et toutes les tribus de la, terre se frapperont la poitrine en le voyant. Oui, Amen. « Je suis l’alpha et l’oméga », dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant... Moi, Jean, votre frère, qui participe avec vous à l’affliction... je fus ravi en esprit, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix forte comme une trompette qui disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises d’Asie... Alors, je me retournai pour voir quelle était la voix qui me parlait et je vis sept chandeliers d’or et, au milieu des chandeliers, quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme. Il était vêtu d’une longue robe, portait à la hauteur des seins une ceinture d’or. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu. Ses pieds étaient semblables à du minerai d’or qu’on aurait embrasé dans une fournaise et sa voix était comme la voix des grandes eaux... Il tenait dans sa main droite sept étoiles ; de sa bouche sortait un glaive aigu à deux tranchants et son visage était comme le soleil quand il brille dans sa force. Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort et il posa sur moi sa main droite en disant : « Ne crains point, je suis le Premier et le Dernier ; j’ai été mort, mais voici que je suis vivant pour les siècles des siècles ; je tiens les clefs de la mort et de l’enfer ».
4. Chant de la patrie. — La messe nous montre notre condition d’exilés. La lecture d’Écriture nous fait entrevoir la patrie. Les beaux répons nous montrent notre Mère l’Église sous différents aspects : comme la vigne fertile, comme l’Épouse parée et comme Jérusalem.
« Comme une vigne fertile, j’ai exhalé une suave odeur, Alléluia,Venez vers moi, vous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits, Alléluia, Alléluia.En moi est toute grâce de voie et de vérité,En moi est tout espoir de vie et de vertu ».« Tes places, Jérusalem, sont recouvertes d’or pur, Alléluia.Et l’on chantera en toi le cantique de la joie : Alléluia.Et, dans toutes les rues, tous chanteront : Alléluia, Alléluia.Tu resplendiras de lumière et routes les extrémités de la terre t’honoreront ».« L’un des sept anges me dit :Viens, je veux te montrer la nouvelle épousée, l’Épouse de l’Agneau.Et je vis Jérusalem descendre du ciel,Ornée de tous ses joyaux, Alléluia, Alléluia, Alléluia ».
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| Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre, Te quidem, Dómine, omni témpore, sed in hoc potíssimum gloriósius prædicáre, cum Pascha nostrum immolátus est Christus. | Vraiment, il est digne et juste, équitable et salutaire, de vous louer, Seigneur, en tout temps, mais surtout avec plus de gloire en ce temps où le Christ, notre Pâque, a été immolé. |
| Ipse enim verus est Agnus, qui ábstulit peccáta mundi. Qui mortem nostram moriéndo destrúxit et vitam resurgéndo reparávit. | Car il est le véritable Agneau qui a ôté les péchés du monde. Il a détruit notre mort par la sienne et nous a rendu la vie en ressuscitant. |
| Et ídeo cum Angelis et Archángelis, cum Thronis et Dominatiónibus cumque omni milítia coeléstis exércitus hymnum glóriæ tuæ cánimus, sine fine dicéntes : | C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, et avec toute la milice de l’armée céleste nous chantons l’hymne de votre gloire en disant sans cesse : |
[1] L’Église de Dieu qui est en pèlerinage.
