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Jeudi après les Cendres

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1960.


Station à St-Geoges au Vélabre

Sommaire

  Textes de la Messe  
  Office  
  Dom Guéranger, l’Année Liturgique  
  Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum  
  Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique  

Textes de la Messe

Feria V post Cineres
Jeudi après les Cendres
III Classis
3 ème Classe
Statio ad S. Georgium
Station à St-Georges (au Vélabre)
Ant. ad Introitum. Ps. 54, 17, 19, 20 et 23 1.Introït
Dum clamárem ad Dóminum, exaudívit vocem meam ab his, qui appropínquant mihi, et humiliávit eos, qui est ante sǽcula et manet in ætérnum : iacta cogitátum tuum in Dómino, et ipse te enútriet.Lorsque j’ai crié vers le Seigneur, il a exaucé ma voix ; il m’a délivré de tous ceux qui s’approchent pour me perdre. Lui qui est avant tous les siècles et qui subsistera éternellement, les a humiliés. Jette tes pensées dans le Seigneur et lui-même te nourrira.
Ps. ibid., 2-3.
Exáudi, Deus, oratiónem meam, et ne despéxeris deprecatiónem meam : inténde mihi et exáudi me.Exaucez, ô Dieu, ma prière, et ne méprisez pas ma supplication. Ecoutez-moi et exaucez-moi.
V/.Glória Patri.
Oratio.Collecte
Deus, qui culpa offénderis, pæniténtia placáris : preces pópuli tui supplicántis propítius réspice ; et flagélla tuæ iracúndiæ, quæ pro peccátis nostris merémur, avérte. Per Dóminum.O Dieu, que le péché offense et que la pénitence apaise, ayez égard dans votre clémence aux prières de votre peuple suppliant, et daignez détourner les fléaux de votre colère, que nous avons mérités pour nos péchés.
Léctio Isaíæ Prophétæ.Lecture du Prophète Isaïe.
Is. 38, 1 6.
In diébus illis : Ægrotávit Ezechías usque ad mortem : et introívit ad eum Isaías fílius Amos Prophéta, et dixit ei : Hæc dicit Dóminus : Dispóne dómui tuæ, quia moriéris tu, et non vives. Et convértit Ezechías fáciem suam ad paríetem, et orávit ad Dóminum, et dixit : Obsecro, Dómine, meménto, quæso, quómodo ambuláverim coram te in veritáte et in corde perfécto, et, quod bonum est in óculis tuis, fécerim. Et flevit Ezechías fletu magno. Et factum est verbum Dómini ad Isaíam, dicens : Vade, et dic Ezechíæ : Hæc dicit Dóminus, Deus David patris tui : Audívi oratiónem tuam, et vidi lácrimas tuas : ecce, ego adiíciam super dies tuos quíndecim annos : et de manu regis Assyriórum éruam te et civitátem istam, et prótegam eam, ait Dóminus omnípotens.En ces jours-là, Ezéchias fut malade à la mort. Le prophète Isaïe, fils d’Amos, vint auprès de lui et lui dit : "Ainsi dit le Seigneur : Donne tes ordres à ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus." Ezéchias tourna son visage contre le mur et pria le Seigneur ; il dit : "Souvenez-vous, ô Seigneur, que j’ai marché devant votre face avec fidélité et intégrité, et que j’ai fait ce qui est bien à vos yeux !" Et Ezéchias versa des larmes abondantes. Et la parole du Seigneur fut adressée à Isaïe en ces termes : "Va, et dis à Ezéchias : "Ainsi, dit le Seigneur, le Dieu de David, ton père : J’ai entendu ta prière, j’ai vu tes larmes ; voici que j’ajouterai à tes jours quinze années. Je te délivrerai, toi et cette ville, de la main du roi d’Assyrie ; je protégerai cette ville, dit le Seigneur tout-puissant.
Graduale. Ps. 54, 23, 17, 18 et 19.Graduel
Iacta cogitátum tuum in Dómino, et ipse te enútriet.Jette tes pensées dans le Seigneur et lui-même te nourrira.
V/. Dum clamárem ad Dóminum, exaudívit vocem meam ab his, qui appropínquant mihi.Lorsque j’ai crié vers le Seigneur, il a exaucé ma voix ; il m’a délivré de tous ceux qui s’approchent pour me perdre.
+ Sequéntia sancti Evangélii secundum Matthǽum.Lecture du Saint Evangile selon saint Mathieu.
Matth. 8, 5-13.
In illo témpore : Cum introísset Iesus Caphárnaum, accéssit ad eum centúrio, rogans eum, et dicens : Dómine, puer meus iacet in domo paralýticus, et male torquétur. Et ait illi Iesus : Ego véniam et curábo eum. Et respóndens centúrio, ait : Dómine,non sum dignus, ut intres sub tectum meum : sed tantum dic verbo, et sanábitur puer meus. Nam et ego homo sum sub potestáte constitútus, habens sub me mílites, et dico huic : Vade, et vadit ; et alii : Veni, et venit ; et servo meo : Fac hoc, et facit. Audiens autem Iesus, mirátus est, et sequéntibus se dixit : Amen, dico vobis, non invéni tantam fidem in Israël. Dico autem vobis, quod multi ab Oriénte et Occidénte vénient, et recúmbent cum Abraham et Isaac et Iacob in regno cælórum : fílii autem regni eiiciéntur in ténebras exterióres : ibi erit fletus et stridor déntium. Et dixit Iesus centurióni : Vade, et, sicut credidísti, fiat tibi. Et sanátus est puer in illa hora.En ce temps-là : comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion l’aborda et lui fit cette prière : "Seigneur, mon serviteur est couché dans ma maison, paralysé, et il souffre cruellement." Il lui dit : "Je vais aller le guérir." Le centurion reprit : "Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit ; mais dites seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Car moi qui suis sous des chefs, j’ai des soldats sous mes ordres, et je dis à l’un : "Va," et il va ; et à un autre : "Viens," et il vient ; et à mon serviteur : "Fais ceci," et il le fait." Ce qu’entendant, Jésus fut dans l’admiration, et il dit à ceux qui le suivaient : "Je vous le dis en vérité : dans Israël, chez personne je n’ai trouvé une si grande foi. Or je vous le dis : beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident, et prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux, tandis que les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et le grincement de dents." Et Jésus dit au centurion : "Va, et qu’il te soit fait selon ta foi !" Et à l’heure même le serviteur se trouva guéri.
Ant. ad Offertorium. Ps. 24, 1 -3.Offertoire
Ad te, Dómine, levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur.Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; mon Dieu, je mets ma confiance en vous, que je n’aie pas à rougir, et que tous mes ennemis ne se moquent point de moi, car tous ceux qui espèrent en vous ne seront pas confondus.
Secreta.Secrète
Sacrifíciis præséntibus, Dómine, quǽsumus, inténde placátus : ut et devotióni nostræ profíciant et salúti. Per Dóminum.Nous vous en supplions, Seigneur, regardez avec bienveillance le présent sacrifice pour qu’il augmente notre piété et serve à notre salut.
Præfatio de Quadragesima. Préface du Carême .
Ant. ad Communionem. Ps. 50, 21.Communion
Acceptábis sacrifícium iustítiæ, oblatiónes et holocáusta, super altáre tuum, Dómine.Vous agréerez un sacrifice de justice, les oblations et les holocaustes sur votre autel, Seigneur.
Postcommunio.Postcommunion
Cæléstis doni benedictióne percépta : súpplices te, Deus omnípotens, deprecámur ; ut hoc idem nobis et sacraménti causa sit et salútis. Per Dóminum.Ayant reçu la bénédiction du don céleste, nous vous adressons, ô Dieu tout-puissant, d’ardentes supplications pour que celui qui opère en ce sacrement, réalise aussi notre salut.
Super populum : Orémus. Humiliáte cápita vestra Deo.Prions. Humiliez vos têtes devant Dieu.
Oratio.
Parce, Dómine, parce populo tuo : ut, dignis flagellatiónibus castigátus, in tua miseratióne respíret. Per Dóminum.Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, en sorte qu’après avoir été châtié par de justes afflictions, il respire par l’effet de votre miséricorde.

Office

Lectio i1ère leçon
Léctio sancti Evangélii secundum Matthǽum.Lecture du Saint Évangile selon saint Matthieu
Cap. 8, 5-13
In illo témpore : Cum introísset Iesus Caphárnaum, accessit ad eum centurio, rogans eum, et dicens : Dómine, puer meus iacet in domo paralyticus, et male torquétur. Et réliqua.En ce temps-là Comme Jésus était entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui, le priant, et disant : Seigneur, mon serviteur gît paralytique dans ma maison, et il souffre violemment. Et le reste.
Homilía sancti Augustíni EpiscopiHomélie de S.Augustin, Évêque.
Liber 2 de Consensu Evangel. in monte, cap. 20 tom. 4
Videámus, utrum sibi de hoc servo centuriónis Matthǽus Lucásque conséntiant. Matthǽus enim dicit : Accéssit ad eum centúrio, rogans eum, et dicens : Puer meus iacet in domo paralýticus. Cui vidétur repugnáre quod ait Lucas : Et cum audísset de Iesu, misit ad eum senióres Iudæórum, rogans eum ut veníret, et sanáret servum eius. At illi cum veníssent ad Iesum, rogábant eum sollícite, dicéntes ei : Quia dignus est ut hoc illi præstes : díligit enim gentem nostram, et synagógam ipse ædificávit nobis. Iesus autem ibat cum illis : et cum iam non longe esset a domo, misit ad eum centúrio amícos, dicens : Dómine, noli vexári : non enim dignus sum ut sub tectum meum intres.Voyons, si au sujet du serviteur du centurion, Matthieu et Luc sont d’accord. Car Matthieu dit : « Un centurion s’approcha de lui en disant : ‘Mon serviteur est gisant, paralytique en ma maison.’ » A cela semble s’opposer ce que dit Luc : « Et ayant entendu parler de Jésus, il lui envoya des anciens d’entre les Juifs pour le prier de venir et de guérir son serviteur. Et ceux-ci arrivés à Jésus le priaient avec insistance, lui disant : ‘Il est digne que tu lui accordes cette faveur, car il aime notre nation et il nous a bâti lui-même une synagogue.’ Jésus s’en allait donc avec eux et comme il n’était plus loin de la maison, le centurion lui envoya des amis lui dire : ‘Seigneur, ne vous donnez pas tant de peine, car je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit.’ »
R/. Dómine, puer meus iacet paralyticus in domo, et male torquétur : * Amen dico tibi, ego véniam, et curábo eum.R/. Seigneur, mon serviteur gît paralytique dans ma maison, et il souffre violemment. * En vérité, je te le dis, j’irai et le guérirai.
V/. Dómine, non sum dignus ut intres sub tectum meum : sed tantum dic verbo, et sanábitur puer meus.V/. Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit ; mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri.
R/. Amen dico tibi, ego véniam, et curábo eum.R/. En vérité, je te le dis, j’irai et le guérirai.
Lectio ii2e leçon
Si enim hoc ita gestum est, quómodo erit verum, quod Matthǽus narrat : Accéssit ad eum quidam centúrio, cum ipse non accésserit, sed amícos míserit : nisi diligénter adverténtes intelligámus Matthǽum non omnímodo deseruísse usitátum morem loquéndi ? Non solum enim dícere solémus, accessísse áliquem étiam ántequam pervéniat illuc, quo dícitur accessísse : unde étiam dicimus : Parum accéssit, vel multum accéssit eo, quo áppetit perveníre : verum étiam ipsam perventiónem cuius adipiscéndi causa accéditur, dícimus plerúmque factam, etsi eum, ad quem pérvenit, non vídeat ille qui pérvenit, cum per amícum pérvenit ad áliquem, cuius ei favor est necessárius. Quod ita ténuit consuetúdo, ut iam étiam vulgo perventóres appelléntur, qui poténtium quorúmlibet tamquam inaccessíbiles ánimos, per conveniéntium personárum interpositiónem, ambitiónis arte pertíngunt.Si en effet les choses se sont ainsi passées, comment sera-t-il vrai, le récit de Matthieu disant : « Un centurion s’approcha de lui », alors que le centurion n’est pas venu lui-même, mais a envoyé ses amis ? Il ne le sera que si, avec une attention diligente, nous comprenons que Matthieu ne s’est pas tellement écarté de nos façons habituelles de parler. Car non seulement nous avons coutume de dire que quelqu’un s’approche, avant même qu’il soit arrivé au lieu dont nous disons qu’il s’est approché, puisque nous disons qu’il s’est peu ou beaucoup approché du lieu où il désire arriver, mais nous disons même très souvent qu’on est parvenu jusqu’à celui qu’on voulait atteindre, quand on y arrive par un ami, sans même voir celui qui est touché et dont la faveur nous est nécessaire. Cette manière de dire est d’usage si courant, que le vulgaire donne le nom d’arrivistes à ceux qui, possédant l’art de l’intrigue, atteignent par l’intermédiaire de personnes convenablement choisies, les esprits de certains puissants personnages qui paraissent inaccessibles d’autre façon.
R/. Dum staret Abraham ad ílicem Mambre, vidit tres viros ascendéntes per viam : * Tres vidit, et unum adorávit.R/. Tandis qu’Abram se tenait auprès d’un chêne [dans la vallée] de Mambré, il vit trois hommes qui venaient par le chemin * II en vit trois, et il adora un seul [1].
V/. Ecce Sara uxor tua páriet tibi fílium, et vocábis nomen eius Isaac.V/. Voici que Sara ta femme enfantera un fils, et tu l’appelleras Isaac.
R/. Tres vidit, et unum adorávit.R/. II en vit trois, et il adora un seul.
Lectio iii3e leçon
Non ergo absúrde Matthǽus, étiam quod vulgo possit intélligi, per álios facto accéssu centuriónis ad Dóminum, compéndio dícere vóluit : Accéssit ad eum centúrio. Verúmtamen non negligénter intuénda est étiam sancti Evangelístæ altitúdo mýsticæ locutiónis, secúndum quam scriptum est in Psalmo : Accédite ad eum, et illuminámini. Proínde quia fidem centuriónis, qua vere accéditur ad Iesum, ipse ita laudávit, ut díceret : Non invéni tantam fidem in Israël : ipsum potius accessísse ad Christum dícere vóluit prudens Evangelísta, quam illos, per quos verba sua míserat.Ce n’est donc pas chose inconcevable que, pour dire le fait du centurion abordant Notre-Seigneur par l’intermédiaire de ses amis, Matthieu ait pu dire sous une forme abrégée que le vulgaire peut comprendre : « Un centurion s’approcha de lui. » Bien plus, il ne faut pas considérer négligemment la profondeur de cette locution mystique du saint Évangile, qui rappelle ce qui est écrit dans le Psaume : « Approchez-vous de lui et soyez illuminés » (Ps 33, 5). La foi du centurion qui l’a fait s’approcher de Jésus a été si hautement louée par le Seigneur qu’il en a dit : « Je n’ai pas encore trouvé si grande foi en Israël. » De là vient que l’’Évangéliste, en son prudent langage, a voulu nous dire que le centurion s’était approché plus près de Jésus, que les amis par lesquels il avait envoyé son message.
R/. Tentávit Dóminus Abraham, et dixit ad eum : * Tolle fílium tuum, quem díligis, Isaac, et offer illum ibi in holocáustum super unum móntium, quem díxero tibi.R/. Dieu éprouva Abram et lui dit * Prends ton fils que tu chéris, Isaac, et offre-le-moi en holocauste sur une des montagnes que je te montrerai.
V/. Vocátus quoque a Dómino, respóndit, Adsum : et ait ei Dóminus.V/. Appelé par le Seigneur, Abram répondit : Me voici et le Seigneur lui dit :
* Tolle fílium tuum, quem díligis, Isaac, et offer illum ibi in holocáustum super unum móntium, quem díxero tibi. Glória Patri. * Tolle fílium tuum, quem díligis, Isaac, et offer illum ibi in holocáustum super unum móntium, quem díxero tibi. * Prends ton fils que tu chéris, Isaac, et offre-le-moi en holocauste sur une des montagnes que je te montrerai. Gloire au Père. * Prends ton fils que tu chéris, Isaac, et offre-le-moi en holocauste sur une des montagnes que je te montrerai.

Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Bien que la loi du jeûne pèse sur nous depuis hier, nous ne sommes pas encore entrés dans le Carême proprement dit, dont la solennité ne s’ouvrira que samedi prochain, à Vêpres. C’est afin de distinguer du reste de la sainte Quarantaine ces quatre jours surajoutés, que l’Église continue d’y chanter les Vêpres à l’heure ordinaire, et permet à ses ministres de rompre le jeûne avant d’avoir satisfait à cet Office. A partir de samedi, il en sera autrement. Chaque jour, à l’exception du Dimanche, lequel n’admet pas le jeûne, les Vêpres des féries et des fêtes seront anticipées, en sorte qu’à l’heure où les fidèles prendront leur repas, l’Office du soir sera déjà accompli. C’est un dernier souvenir des usages de l’Église primitive ; autrefois les fidèles ne rompaient pas le jeûne avant le coucher du soleil, auquel correspond l’Office des Vêpres.

La sainte Église a distingué ces trois jours qui suivent le Mercredi des Cendres, en leur assignant à chacun une lecture de l’Ancien Testament, et une autre du saint Évangile, pour être faites à la Messe.

La Station à Rome est aujourd’hui dans l’Église de Saint-Georges-au-Voile-d’Or.

Hier, l’Église nous remettait devant les yeux la certitude de la mort. Nous mourrons : la parole de Dieu y est engagée, et il ne saurait venir dans l’esprit à un homme raisonnable que sa personne puisse être l’objet d’une exception. Mais si le fait de notre mort est indubitable, le jour auquel il nous faudra mourir n’est pas moins déterminé. Dieu juge à propos de nous le cacher, dans les motifs de sa sagesse ; c’est à nous de vivre de manière à n’être pas surpris. Ce soir, peut-être, on viendra nous dire comme à Ézéchias : « Donne ordre aux affaires de ta maison ; car tu vas mourir ». Nous devons vivre dans cette attente ; et si Dieu nous accordait une prolongation de vie comme au saint Roi de Juda, il faudrait toujours en venir tôt ou tard à cette heure suprême, passé laquelle il n’y a plus de temps, mais l’éternité. En nous faisant ainsi sonder la vanité de notre existence, l’Église veut nous fortifier contre les séductions du présent, afin que nous soyons tout entiers à cette œuvre de régénération, pour laquelle elle nous prépare depuis bientôt trois semaines. Combien de chrétiens ont reçu hier la cendre sur la tête, et qui ne verront pas ici-bas les joies pascales ! La cendre a été pour eux une prédiction de ce qui doit leur arriver, avant un mois peut-être. Ils n’ont cependant pas entendu la sentence en d’autres termes que ceux qu’on a prononcés sur nous-mêmes. Ne sommes-nous pas du nombre de ces victimes vouées à une mort si prochaine ? Qui de nous oserait affirmer le contraire ? Dans cette incertitude, acceptons avec reconnaissance la parole du Sauveur qui est descendu du ciel pour nous dire : Faites pénitence ; car le Royaume de Dieu est proche (Matth. IV, 17).

Les saintes Écritures, les Pères et les Théologiens catholiques distinguent trois sortes d’œuvres de pénitence : la prière, le jeûne et l’aumône. Dans les lectures qu’elle nous propose, durant ces trois jours qui sont comme l’entrée du Carême, la sainte Église veut nous instruire sur la manière d’accomplir ces différentes œuvres ; aujourd’hui, c’est la prière qu’elle nous recommande. Voyez ce centurion qui vient implorer auprès du Seigneur la guérison de son serviteur. Sa prière est humble ; c’est du fond de son cœur qu’il se juge indigne de recevoir la visite de Jésus. Sa prière est pleine de foi ; il ne doute pas un instant que le Seigneur ne puisse lui accorder l’objet de sa demande. Avec quelle ardeur il la présente ! La foi de ce gentil surpasse celle des enfants d’Israël, et mérite l’admiration du Fils de Dieu. Ainsi doit être notre prière, lorsque nous implorons la guérison de nos âmes. Reconnaissons que nous sommes indignes de parler à Dieu, et cependant insistons avec une foi inaltérable dans la puissance et dans la bonté de celui qui n’exige de notre part la prière qu’afin de la récompenser par l’effusion de ses miséricordes. Le temps où nous sommes est un temps de prière ; l’Église redouble ses supplications ; c’est pour nous qu’elle les offre ; ne la laissons pas prier seule. Déposons en ces jours cette tiédeur dans laquelle nous avons langui, et souvenons-nous que si nous péchons tous les jours, c’est la prière qui répare nos fautes, et qui nous préservera d’en commettre de nouvelles.

Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Collecte à Saint-Nicolas in Carcere.
Station à Saint-Georges au Vélabre.

La basilique de Saint-Nicolas s’élève dans l’ancien forum où se tenait le marché aux légumes, près du théâtre de Marcellus ; et, au moyen âge, en raison de sa situation centrale, elle devint très célèbre et fut érigée en diaconie.

La station à Saint-Georges fut instituée par saint Grégoire II, quand le culte envers le mégalomartyr oriental était devenu vraiment populaire à Rome. Ce titre paraît avoir été déjà érigé en 482, puisqu’une épigraphe de cette année mentionne un Augustus lector de Belabru ; mais la dédicace du temple au martyr saint Georges est certainement postérieure.

La lecture évangélique de ce jour, concernant le centurion de Capharnaüm, fait allusion au caractère militaire attribué à saint Georges par la tradition, si bien que, au moyen âge, ce saint fut spécialement invoqué comme le défenseur armé de la famille chrétienne.

L’introït est emprunté au psaume 54 : « Au cri de ma prière, Dieu a écouté ma voix du milieu de ceux qui m’assiégeaient ; Celui qui est avant tous les siècles et qui demeure pour toute l’éternité, les remplit de honte. Remets ton sort entre les mains de Dieu, et Il prendra soin de toi. »

La collecte supplie le Seigneur offensé par le péché, mais qui pourtant est apaisé par la pénitence, d’accueillir les demandes d’un peuple tout entier en prière, et d’éloigner ces fléaux que les hommes auraient bien mérités par leurs fautes.

La messe de ce jour, composée sous Grégoire II, est un centon de chants et de lectures empruntés à d’autres synaxes, et adaptés à celle d’aujourd’hui. La scène d’Isaïe, qui prédit au roi Ézéchias sa fin prochaine (Is., XXXVIII, 1-6), était assez populaire dans l’antiquité, et nous la voyons reproduite dans une peinture de la basilique de Sancta Maria antiqua, au forum romain. Comme cette scène ne semble pas être en relation avec saint Georges, il peut se faire qu’elle contienne quelque allusion à l’histoire de Grégoire II, lequel, par exemple, ayant échappé par miracle à quelque maladie mortelle, mais encore préoccupé par les menaces de siège de la part des Lombards, aurait institué les stations du jeudi de Carême, comparant précisément son cas avec celui d’Ézéchias, menacé de maladie mortelle, au temps même où, au dehors, l’armée assyrienne assiégeait Jérusalem.

Il est toutefois certain que, tandis qu’à Rome, à la fin des trente premières années du VIIIe siècle, on lisait ces paroles : « Je te délivrerai des mains du roi des Assyriens et je délivrerai cette cité », la pensée des citoyens devait se reporter sur Luitprand et sa nefandissima gens langobardorum [2] comme les Romains appelaient alors les adversaires qui assiégeaient la capitale du monde.

A l’annonce de sa mort prochaine, Ézéchias, bien que juste et pieux, pleura, car la mort est un état violent, une peine qui répugne à la nature. Il pleura, car personne, sans la pénitence, ne doit oser se présenter au jugement de Dieu. Dieu accueillit sa prière et lui accorda un délai de trois lustres ; non pas que la vie présente soit un don plus précieux que la gloire éternelle, mais parce que les années de ce voyage terrestre représentent un temps estimable pour semer les fruits de la vie éternelle, fruits qu’on recueillera plus tard dans la gloire. Celui qui travaille et sème davantage, récolte aussi davantage et glorifie mieux le Seigneur dans le ciel.

Le répons-graduel est en intime relation, non seulement avec la lecture, mais aussi avec l’introït, à ce point que souvent, et aux dimanches après la Pentecôte en particulier, ces deux chants proviennent d’un même psaume. Le graduel d’aujourd’hui est tiré précisément du psaume de l’introït, le 54e : « Confie ton sort à Dieu, et il prendra soin de toi. A mon cri, au milieu de ceux qui m’assaillent, Dieu a écouté ma voix. »

La lecture évangélique (Matth., VIII, 5-13), avec l’histoire du centurion qui s’estime indigne d’accueillir Jésus sous son toit, mais le prie de dire au moins une parole pour que son serviteur guérisse, prélude à la vocation des Gentils qui, tout en étant loin du Messie par la race, par les institutions, par la nationalité, ont part, grâce à leur foi dans sa divinité, aux privilèges réservés aux fils d’Abraham, et obtiennent le salut. L’exemple de ce centurion, comme aussi celui de saint Georges, tous deux adonnés aux lourdes charges de la milice, dans une ambiance trop souvent livrée au dérèglement des passions, démontre que la vertu n’est pas le privilège d’une caste, comme le prétendaient les Pharisiens superbes, et que, au contraire, l’humble confiance d’un pauvre centurion païen est aussi agréable au Seigneur que celle de Matthieu et de Nicodème.

L’offertoire est le même qu’au Ier dimanche de l’Avent (Ps. 24) ; c’est une sublime élévation vers Dieu, en qui l’âme met toute sa confiance, alors que ses ennemis la poursuivent de plus près.

La secrète est la même que celle du samedi des Quatre Temps : « Regardez favorablement, Seigneur, ce sacrifice, afin qu’il serve à augmenter notre piété et nous soit un gage de salut. »

L’antienne ad communionem trouble la série de ces chants eucharistiques, puisqu’elle devrait être tirée du psaume 2. Au contraire, la messe de ce jeudi étant de surplus, la communion d’aujourd’hui est empruntée au psaume 50, et le psaume 2 est réservé pour demain : « Sur votre autel, Seigneur, vous accueillerez le sacrifice d’un cœur pur, les oblations et les holocaustes »

La collecte d’action de grâces a une exquise saveur classique qui, nécessairement, se perd en grande partie dans la traduction en langue vulgaire : « Après avoir participé au don béni du ciel, nous vous supplions, Dieu tout-puissant, afin que ce pain soit en même temps le signe visible du Sacrement et la cause de notre salut éternel. »

La bénédiction sur le peuple a un caractère nettement pénitentiel. Il s’agit des Romains frappés par la guerre, la famine et les épidémies. « Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple que vous punissez maintenant à juste titre par vos fléaux, afin qu’il puisse se relever et respirer par votre grâce. » La pensée de la mort est un puissant stimulant qui nous pousse à changer de vie. Ainsi, dès que le pieux Ézéchias sut qu’il était temps de mettre ordre à ses affaires parce qu’il était sur le point de mourir, il se tourna vers le mur qui séparait du temple le palais royal et versa d’amères larmes de contrition. Si les chrétiens réfléchissaient à cette pensée, que le passage de ce monde à l’éternité arrivera à l’improviste, et que, au dire de l’Apôtre, il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, combien plus fortement ils sentiraient le besoin d’implorer spatium verae pœnitentiae, et de l’accomplir résolument !

Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

STATION A SAINT GEORGES

Triomphons du dragon.

Le Christ nous a enrôlés, hier, dans l’armée chrétienne ; aujourd’hui, l’Église veut nous inspirer du courage en nous faisant parcourir une galerie de héros.

1. La galerie de héros. — a) Le premier héros est le chevalier saint Georges, dans l’église duquel a lieu l’office de station. Cette église est une des plus récentes églises de station : elle fut fondée par saint Léon Il (682-683). Le pape saint Zacharie (741-752) fit transporter, dans cette église, le chef du martyr saint Georges qu’il avait découvert au Latran. Le texte de la messe s’inspire entièrement de la station. Au point central, se tient le chevalier Saint Georges, le vainqueur du dragon. C’est un magnifique symbole du travail du Carême : le Christ s’avance au combat contre les ténèbres, il lui faut combattre le dragon infernal et il doit lui écraser la tête. C’est aussi le devoir du Christ mystique de l’Église. Les catéchumènes, les pénitents, les fidèles doivent combattre le dragon. C’est mon devoir à moi aussi, c’est mon travail de Carême ; je dois conquérir un peu de terre sainte en l’arrachant à la terre ennemie. Puissions-nous nous rappeler souvent que nous sommes les soldats de Dieu. Aujourd’hui, nous combattons sous les drapeaux et sous la conduite du chevalier saint Georges.

b) Le second héros est le roi Ézéchias, un des meilleurs rois juifs. C’est déjà quelque chose que de pouvoir se présenter devant Dieu et dire : je marche dans la vérité et d’une manière parfaite, avec un cœur pur. Quand ce roi pleure si amèrement à la pensée de quitter la vie, il ne faut pas trop lui en vouloir, car les Juifs ne connaissaient pas encore l’éternité bienheureuse. L’Église ne veut d’ailleurs pas le proposer à notre imitation ; son intention est de nous montrer, dans sa maladie corporelle, une image de la maladie spirituelle du pénitent. Nous devons, nous aussi, pleurer sur la santé perdue de notre âme et implorer la guérison. La victoire d’Ézéchias est une victoire de la prière. Il nous indique, comme arme spéciale, la prière. Or, durant le temps de Carême, nous devons faire usage de cette arme avec ardeur et persévérance.

c) Le troisième héros est le centurion de Capharnaüm. Il nous est incomparablement plus sympathique. Il est le porte-bannière des Gentils ; ses vertus sont pour nous un modèle merveilleux : sa charité pour ses esclaves, son humilité envers le Christ, sa foi, son sens du devoir. Le Sauveur voit même en lui le conducteur de l’Église des Gentils. Sa victoire est une victoire de l’humilité. Il a véritablement « rejeté sur le Seigneur le souci » de son serviteur et il a été exaucé. Or que veut nous enseigner la liturgie ? Ce que le centurion a fait pour son serviteur, faisons-le pour notre âme. — La liturgie lui consacre, dans le bréviaire, un répons spécial ; c’est un cas exceptionnel qui ne se reproduit que trois fois dans tout le Carême. Ce répons est très dramatique ; il contient trois discours directs : la prière du centurion, la réponse du Christ, la parole d’humilité du centurion :

R/. Seigneur, mon serviteur est couché, paralysé, et souffre beaucoup.
* En vérité, je te le dis, j’irai et je le guérirai
V/. Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri.

d) Le quatrième héros est le Roi de tous les héros, le Christ. Pendant le Carême, nous nous armons pour prendre part à sa grande victoire pascale ; aussi nous assistons chaque jour au Saint-Sacrifice qui est la représentation de son combat héroïque sur le Golgotha. Sa victoire renferme celle dès trois héros ; bien plus, dans sa victoire, se trouve compris aussi le combat de Carême de toute l’Église et de tous les chrétiens. Unissons-nous à lui et puisons, dans le prix de sa victoire, le courage et la force.

2. La messe (Dum clamarem). — La messe comprend deux motifs : celui de la station et celui de la pénitence. Dans l’Introït, le chevalier saint Georges s’adresse à chacun de nous, personnellement ; il nous raconte sa victoire sur le dragon ; ce fut une victoire de la prière. Dieu, l’éternel et l’immuable, a abaissé ses ennemis. C’est pourquoi il se tourne vers nous et nous dit : faites de même, jetez vos soucis sur le Seigneur. Ces paroles doivent s’entendre précisément des soucis angoissants, dans le sens du Sermon sur la montagne ; il faut plutôt comprendre, ici, que notre travail de Carême n’est pas un travail humain, mais un travail divin. Dieu nous « nourrira » ; ici, la liturgie pense sans doute à l’Eucharistie. Tout le psaume 54 nous fait jeter un regard sur les combats spirituels des catéchumènes, des pénitents et des chrétiens ; sans doute aussi sur ceux du Christ. La liturgie met alors sous nos yeux un triptyque : au milieu, nous voyons saint Georges ; à gauche et à droite, deux figures bibliques chevaleresques : le roi Ézéchias et le centurion païen de Capharnaüm. Tous les deux ont remporté une victoire de la prière ; le premier, pour sa propre vie le second, pour celle de son serviteur. Le Graduel reprend les pensées de l’Introït et nous exhorte à la confiance en Dieu qui nous exauce comme il a exaucé Ézéchias.

Remarquons cependant que la messe s’adresse surtout aux pénitents. Elle est une consolation pour eux ; elle leur crie : combattez comme saint Georges, priez comme Ézéchias, humiliez-vous comme le centurion ; alors viendra la victoire pascale : vous serez exaucés et relevés. Les pénitents ont perdu la vie divine ; maintenant, ils pleurent comme Ézéchias : « Il pleura abondamment » ; ils se tiennent devant la porte de l’église et disent : Seigneur, je ne suis pas digne d’entrer sous ton toit. (Quand nous récitons ces paroles avant la communion, mettons-nous à la place des pénitents, comme nous l’avons fait hier en recevant les cendres). Nous comprenons à présent pourquoi cette messe contient des prières instantes de pénitence : l’oraison qui est devenue l’oraison classique de la pénitence.

L’oraison finale sur le peuple (« Épargne, Seigneur, épargne ton peuple »), ainsi que l’antienne de communion qui est le psaume de pénitence 50. C’est avec les sentiments d’humilité du centurion et la contrition du pénitent que nous approchons aujourd’hui de la Table sainte. L’offertoire, avec le psaume d’Avent 24, est rempli de graves sentiments de pénitence.

[1] « Dans les trois Anges, Abraham reconnaît le Seigneur. Nos Pères adoraient le Seigneur dans ses Anges, l’habitant divin dans sa demeure. » (Saint Augustin).

[2] ‘Nation très néfaste des Lombards’.